Interview de Dorian Lake, éditeur et auteur chez Noir d'Absinthe

Anne est lectrice et correctrice chez Noir d'Absinthe.

Dorian est auteur et éditeur chez Noir d'Absinthe.

 

Aujourd'hui, je vous partage l'interview de Dorian Lake que j'ai réalisée voici quelques semaines ;)


Bonjour Dorian,


Peux-tu nous expliquer en quelques mots d’où tu viens et où tu vas ? Car tu portes diverses casquettes (auteur, éditeur, administrateur de pages de réseaux sociaux favorisant l’échange de ce que tu te plais à appeler les « mauvais genres » en littérature.

Pour me pitcher brièvement, j’ai suivi pendant des années la voie de la raison, en suivant des études aux débouchés nombreux, puis des postes dans de grands groupes internationaux. Mais je n’ai jamais oublié ma passion du récit et des histoires, notamment grâce au jeu de rôle, que j’ai pratiqué assidûment toutes ces années.

Puis, le déclic a eu lieu début 2015 et j’ai repris l’écriture que j’avais abandonnée au lycée. Depuis, le livre est ma vie, pour ainsi dire.

Quel genre de lecteur es-tu ?

Tout d’abord, je lis presque exclusivement de la littérature de genre, et notamment de l’Imaginaire (il a pu m’arriver de lire du policier, et, très rarement, de la littérature blanche). Je préfère en effet quand l’univers d’un roman me fait voyager et que le surnaturel (ou la science en cas de SF) ouvre des perspectives que le monde réel ne permet pas.

Je suis un lecteur gourmet et très difficile. Peu d’œuvres me parlent vraiment et, à mesure que les années avancent, je deviens de plus en plus exigeant. Mais lorsque l’une d’entre elles me touche, c’est un véritable ravissement.

Quelles sont les œuvres ou quels sont les auteurs incontournables ou qui ont marqué un réel tournant dans ta vie et en quoi ?

Il y a bien sûr eu les œuvres d’enfance qui m’ont accompagné dans le développement de mes goûts. Je peux citer les Chevaliers de la Table Ronde, avec qui j’ai appris à lire, ou Jack London et Alexandre Dumas, qui m’ont donné le goût de l’aventure. Sans eux, je n’aurais certainement jamais écrit.

Plusieurs œuvres venues du Japon, plutôt en animation ou en jeu vidéo qu’en littérature, ont aussi laissé une empreinte indélébile. Il y a eu Final Fantasy VII, qui a marqué ma découverte de la Fantasy pour adulte (ou plus exactement Science-Fantasy, en l’occurrence) et qui m’apparaît toujours comme une œuvre majeure. Peu après, j’ai découvert d’autres merveilles, comme la série Escaflowne, puis Evangelion, l’une de mes œuvres cultes, ainsi que Mononoke Hime. Ce sont ces chefs-d’œuvre asiatiques qui m’ont fait apprécier la subtilité et l’absence de manichéisme qui me sont aujourd’hui si chères.

Je ne passerai pas en revue tout ce cinéma d’une richesse incroyable qui m’a tant marqué, ni des récentes découvertes que ce soit en séries, livres, films ou jeux vidéo, mais revenir à la littérature avec un auteur qui me parle plus que beaucoup d’autres : Clive Barker et sa plume acérée. Cet auteur parvient à dévoiler l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus gore et de plus glauque avec une finesse et une subtilité remarquables. Son art me transporte et m’émeut. J’ai réalisé en le découvrant que beaucoup d’œuvres que j’avais aimées (notamment le jeu de rôle Kult, une merveille très noire et désespérée) portaient aussi son empreinte.


Qu’est-ce qui t’a amené à sauter le pas entre serial-lecteur et auteur, pour endosser par la suite ta casquette d’éditeur ?

Tout d’abord, il y a eu une rencontre. J’étais en Australie et, à une soirée philosophique sur la Mort et la Transcendance (ça ne s’invente pas), j’ai rencontré Devon, avec qui mon épouse et moi avons sympathisé. Il m’a expliqué qu’il terminait un roman de science-fiction. Il avait découvert cette passion par hasard, en participant à un atelier d’écriture, alors que ça ne l’avait jamais intéressé par le passé. En rentrant de voyage, j’ai réalisé que ce n’était peut-être pas si compliqué que ça, que je pouvais faire de même et j’ai commencé l’écriture d’Isulka la Mageresse, mon premier roman.

Celui-ci a été publié et a reçu un bon accueil du public. À l’époque, je travaillais encore et, à force de côtoyer des éditeurs et des auteurs indépendants, je me suis dit que j’aimerais m’autoéditer. C’était le plan que j’avais, jusqu’à ce que mon entreprise annonce un plan de départ volontaire. Pour être retenu (ou plutôt libéré… déliv…), il fallait proposer un projet de création d’entreprise…

La petite autoentreprise d’autoédition a grandi d’un coup et l’idée de devenir un vrai éditeur m’est venue. Quelques business-plan et formations plus tard, je sautais le pas non seulement de l’édition, mais aussi, et surtout, de l’entreprenariat.


Tes premiers projets, à mon humble connaissance, effleuraient deux univers très différents. En effet, tu as mené de front Isulka la Mageresse chez Lune-Écarlate, ton ancien éditeur (manieuse du feu, joueuse pathologique, aventureuse malgré el