Les Creepypasta

February 10, 2019

L’horreur. Voilà un thème qui nous a tous fascinés ou paralysés au moins une fois dans notre vie. Les histoires inspirées de faits réels, les contes horribles ou alors ces dires qui se répétaient dans la cour de récré pour nous faire trembler… Au moins une fois, nous n’avons pu fermer les yeux. Parfois, cela s’est suivi par des ribambelles de cauchemars tandis que nos parents répétaient « N’écoute plus ces bêtises la prochaine fois. »


Après cet apprentissage, soit on ferme nos œillères dans l’espoir de ne plus lui faire face, soit on fonce droit devant. Plusieurs groupes se forment alors : ceux évitant la peur à tout prix, ceux l’appréciant par moments et les autres ; les fans invétérés du genre. Cette dernière catégorie est bien souvent la plus difficile à effrayer et elle en demandera toujours plus. Parfois comparées à des drogues, la peur et l’angoisse créent l’adrénaline qui stimule notre corps comme notre imagination.


Suivant l’enfance, l’adolescence arrive. Qui n’a jamais tenté de faire des soirées films d’horreur ou histoires d’horreur ?


L’interdiction des parents donnait encore plus de piment à ces idées clandestines.


Au cœur de ces moments de vie, on regarde ou on écoute des paroles qui ont été très souvent modifiées. Quant aux films du genre, ils sont souvent basés sur des faits réels tel que des meurtres ou alors des événements paranormaux célèbres.


Les films ANABELLE, THE CONJURING, AMYTIVILLE toutes ces jolies histoires – et succès du box-office- s’inspirent de la vraie vie. Par ailleurs, même les scénarii originaux inspirent par la suite des histoires ou de soi-disant vécus qui circulent ensuite sur Internet. 


Nous y venons : Internet.


Lieu de partage et de connaissance infinie, des parties plus sombres s’y trouvent, comme partout. Plus la communauté et la liberté est grande, plus les possibilités d’effroi sont immenses. Imaginez une grande ville avec des règles changeantes entre quartiers. D’un lieu à un autre, il y aurait la peur, la débauche mais aussi le savoir et la découverte.


Nos chères histoires d’horreurs de la cour de récré et les films effrayants furent donc totalement apprivoisés sur Internet. Le plus intéressant étant que l’écrit joue un rôle prépondérant dans cette évolution de la fiction horrifique.


Le Creepypasta semble être un terme amusant mais pourtant, la peur et l’émoi qu’ils provoquent sont parfois bien trop réels.


Avant d’avoir peur, gardons les idées claires et décortiquons le terme : il s’agit d’un HOAX sous forme de texte, d’image ou de vidéo circulant sur le Web.


Un hoax n’est autre qu’un canular se diffusant de façon virale. Le hoax est très souvent détaillé et présente certains caractères « d’évidence » cherchant à démontrer que l’histoire est totalement vraie et vérifiable. C’est un terme large qui peut parler de théorie du complot comme de thèmes amusants. C’est lorsqu’il se mêle à la légende urbaine que tout se corse et devient plus sombre.


La légende urbaine se rapproche d’un mythe qui se mêle à plusieurs genres littéraires. S’adaptant au fil du temps, elle circulait par courrier postal avant même que les mails ou les blogs n’existent. Ces légendes forment un folklore : un ensemble d’art et de tradition populaire folk désignant le peuple et lore, le savoir, la connaissance. Au cœur de ces légendes urbaines, on retrouve une forme narrative, un procédé d’identification lié à des lieux communs, des idées reçues et partagées par de nombreuses personnes sans être vérifiées. Elles sont souvent incroyables, mystérieuses et peuvent être basées sur des faits réels avec des explications alternatives.


C’est donc sous de sombres jours que, de l’union du hoax et de la légende urbaine naquit le Creepypasta.


Dérivé de l’anglais copy / paste (copié /collé), on y a simplement ajouté le mot effrayant.


Il est d’ailleurs plutôt étonnant de se dire que l’étymologie de ce mot vient de copié/collé. Toutefois, n’oublions pas que le Creepypasta a une once de hoax en lui. Nous savons tous que les canulars, surtout ceux circulant sur Internet, ressemblent parfois à des chaînes copiées/collées que l’on reçoit par mail ou message. Maintenant, nous avons la possibilité de retrouver ces supercheries dans nos spams mais ce qui est sûr est qu’elles ont la peau dure.


Lesdits Creepypasta prirent une véritable ampleur dans la seconde moitié des années 2000 grâce à l’imageboard de 4chan, d’où provient même la naissance du terme.


4chan ou 4channel dont le nom vient du Japonais Yotsuba Channel est un forum anonyme anglais constitué d’un réseau d’échanges d’images : les imagesboards. Ce site a souvent été pointé du doigt pour les images ou vidéos étrange et dérangeantes que l’on peut y trouver.  Tout comme le site Reddit, les controverses sont parfois grandissantes mais comme il fut dit plus haut : dès que les règles diffèrent, il faut s’attendre à tout ; même au pire.


Les toutes premières Creepypasta se présentaient seulement sous forme de textes pour ensuite être dérivées en photos, vidéos ou même musiques. La plupart relèvent du genre fantastique ; le cinéma et les jeux vidéo peuvent aussi être des inspirations. Avant, ces contes étaient souvent courts pour pouvoir être partagés rapidement. De plus, tout était anonyme.

 

 


A présent, en vue de la popularité de ce nouveau genre de légendes urbaines, des sites y sont totalement consacrés comme le plus connu : Creepypasta.com. Les fictions d’horreur que l’on y trouve sont parfois plus longues et pas souvent anonymes. De surcroît, il faut savoir que l’autodérision fait parti de ce monde et que les Trollpasta existent : récits parodiques qui détournent les histoires classiques.


Les Creepypasta sont vues par beaucoup comme « Les légendes de l’ami d’un ami » tout comme au début des années 90 avec la légende urbaine qui décrivait des sièges de cinéma contenant des aiguilles contaminées par le VIH. A chaque fois, une personne l’ayant vécu le racontait à une autre qui le racontait par la suite, etc.


Toutefois, ce nouveau genre de légende et d’histoires horrifiques ne sont pas non plus à prendre à la légère. Comme beaucoup d’enfants qui furent traumatisés par des histoires d’horreurs écoutées dans la cour de récré, les Creepypasta ont le même effet mais en pire. Ajoutons à l’horreur une base particulièrement bien écrite, la possibilité de faire des montages plus vrais que nature et des ajouts de fait réel, puis le tour est joué. Beaucoup de jeunes peuvent se laisser berner.


Puisque tout semble réel et que rien n’est exagéré, la désinformation entre en jeux.


Parfois, nous nous laissons avoir et croyons, sans avoir de preuves concrètes sur l’histoire. Le Creepypasta a donc l’effet escompté sur nous. La crédulité a évidemment une très bonne place sur le podium dans tout cela.


Les Creepypasta sont fait pour faire vrai et le but est d’atteindre même les plus sceptiques. Un bon Creepypasta nous influence et nous laisse faire nos propres connexions avec les faits réels évoqués. De ce fait, un sentiment de participation se met en place. Il ne s’agit plus d’une histoire mais une enquête sur des choses que l’on nous aurait dissimulé.


D’autres brouillent même la frontière entre la fiction et la réalité en suggérant que l’imagination du lecteur est susceptible de le rendre réel. Parfois, il y a même une série de tâches à accomplir pour que le Creepypasta advienne : souvenez vous du Bloody Mary de l’époque ou de la dame blanche. Il fallait répéter son nom trois fois dans le miroir à minuit avant de la voir.


La désinformation est un réel fléau. Si on s’amuse à croire le temps d’une seconde en ces histoires rocambolesques mais que l’on a les pieds sur terre, ce n’est pas dangereux. Par contre, si rien autour de nous ne prouve que cela n’est qu’une fiction on peut aller loin, trop loin même.


Prenons l’exemple de l’histoire du Slender Man, premier grand mythe de l’histoire d’Internet selon la BBC ; chaîne d’Information qui a même sorti un documentaire à son sujet en 2012.


Beaucoup d’entre vous ont déjà dû entendre parler de cette silhouette squelettique en costume et sans visage que l’on découvre dans l’arrière-plan des photographies où il y a des enfants.


C’est en 2009 que la légende naît : sur le forum Something Awful un défi de photoshop voit le jour ; intégrer de la meilleure manière possible des créatures surnaturelles à des photographies banales. Victor Surge, un habitué du forum, publie donc une série d’images retouchées avec une silhouette élancée vêtue d’un costume sur des photos de groupes d’enfants.


Nous sommes d’accord que si tout s’était arrêté ainsi, les interrogations auraient certainement moins fusé. Cependant, c’est lorsque l’écrit s’ajoute à l’image que tout se fait plus énigmatique. Victor Surge n’a pas hésité à ajouter de faux propos en dessous de ses montages. Censés provenir de témoins, tout poussait à croire que ces mots étaient réels.


Internet étant une superbe archive, il fut simple de retrouver les descriptions exactes ainsi que les deux photo-montage les plus connus de Victor :

 

 

 

 


Cette histoire a tellement fonctionné qu’elle débuta à devenir réelle pour un grand nombre d’internautes. Beaucoup commençaient à se plaindre de cauchemars, de visions horrifiques… Évidemment, il n’y avait aucune preuve de leur vécu et personne ne cherchait à démêler le vrai du faux. D’autres – plus pragmatiques – annonçaient déjà sur le même forum du concours : « Aucun doute, ces deux photos vont être utilisées par des sites sur le paranormal et qualifiées d’authentiques. »


Tel une vision du futur, la folie Slender man s’enclencha à vitesse grand V. Ce Creepypasta, parti de simples descriptions et de quelques images, enflamma le web. La peur était née et rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Des Internautes scandaient même « Le Slenderman existe car vous y avez pensé ».


Avec ce vrai se mêlant au faux, c’est l’impensable qui arriva il y a déjà 5 ans.


Le 1er juin 2014, deux jeunes filles de 12 ans ont attiré leur meilleure amie dans un parc pour faire une partie de cache-cache. Le jeu s’est avéré assez morbide lorsque les deux amies ont commencé à poignarder la victime dix neuf fois tout ça dans le but de prouver au monde entier que Slender existait.


« Slenderman est le maître des Creepypasta. Dans l’ordre du monde il faut tuer pour lui prêter allégeance. »


Expliquait Morgan Greyser, une des accusées.


Les deux jeunes espéraient vraiment rencontrer le faux monstre en effectuant ensuite un voyage initiatique dans la forêt. Elles espéraient aller vivre dans son gigantesque manoir où elles seraient admirées pour le crime commis.


Par chance, cela ne s’est pas passé comme prévu pour elles : au lieu de vivre éternellement dans ledit manoir imaginaire, elles ont écopé d’une peine de 60 ans de prison ainsi que de suivis psychologiques extrêmement poussés. Quant à la victime, c’est par miracle qu’elle est toujours en vie et sans séquelles physiques de cette horrible agression.


Face à ces faits totalement disproportionnés, l’administrateur du site Creepypasta.com a dû se défendre de nombreuses critiques et accusations :


« Quand quelqu’un lit une histoire d’horreur qui – au moins sur ce site – est clairement présentée comme une œuvre de fiction et utilise cette histoire comme raison pour organiser le meurtre d’un autre être humain, il y a forcément un autre problème… »


La désinformation et la crédulité, toujours ces deux mots ! Aux apparences banales, c’est là que l’on se rend compte qu’ils ne le sont pas tellement. Face aux mots et aux phrases bien recherchées, nous pouvons tous être crédules. Le temps d’une lecture, d’une histoire…nous croyons, nous faisons parti dudit monde imaginaire. L’horreur nous prends aux tripes et démêler le vrai du faux s’apprend. Ce n’est pas parce que nous avons été enfants et que nous avons cru au père Noël ou aux dragons qu’il faut se réfugier dans les extrêmes.


« Les parents ne devraient pas laisser les enfants avoir un accès à Internet sans limites et sans surveillance. »


Cette phrase totalement bateau fut prononcée par le chef de police responsable de l’affaire. Bien sûr, ce n’est pas si facile. Si, avant, nous écoutions les histoires d’horreur dans la cour de récré même si nos parents nous l’avaient interdit, maintenant, c’est avec Internet que cela se passe. Les parents auront beau avoir le plus grand des contrôles, l’effroi se faufilera quelque part et si les adolescents n’ont pas accès aux Creepypasta, d’autres amis le leur raconteront.  Il s’agit juste de faire comprendre que tout ce qui se trouve sur Internet n’est pas une vérité absolue et que l’écriture peut faire des miracles. En s’aidant d’un support visuel, l’on peut inventer n’importe quelle histoire courte qui deviendra grande de part les ajouts d’autres Internautes. C’est une boucle sans fin, des Creepypasta apparaissent tous les jours. 


En parlant d’histoire réécrite et réinventée, quittons Slender un instant, laissons les lumières éteintes et tranquillisons-nous. Les meurtres en l’honneur des Creepypasta ont rarement lieux et il s’agissait ici de démontrer un abus.


Parfois, des Creepypasta naissent sans qu’il n’y ait besoin de thème horrifique abordé ou bien de concours.


Candle Cove est une histoire mystérieuse inventée en 2009 par un artiste Américain Kris Straub. Elle retranscrit une conversation parlant d’une émission pour enfants avec des marionnettes qui n’est plus diffusée. Cette simple idée de base a évolué à cause des Internautes ; rendant l’histoire effrayante alors qu’elle ne l’était pas du tout de base. Candle Cove a été réinterprétée et traduite plus d’une centaine de fois. Au fur et à mesure, chaque nouvelle transmission de l’histoire laissait place à un doute comme dans n’importe quelle légende urbaine. Sans oublier l’ajout de faux témoignages qui habillaient le mythe de véracité.


Finalement, l’écrit ne permettant pas assez de preuves ; des vidéos étranges ont commencé à apparaître aux détours des sites. Beaucoup disaient que cela semblait être un extrait de Candle Cove avec des marionnettes, un montage saccadé et puis des cris venant de toute part.


Nul besoin de chercher bien loin, en écrivant Candle Cove sur Youtube, pleins de possibilités s’offrent aux plus aventureux. 


Comme vous pouvez le constater, à force de vivre des copié/collé d’anonymes, Candle Cove a totalement échappé à son auteur. C’est en 2010, dans un billet de blog maintenant supprimé que lui-même s’étonnait de ne pas être reconnu pour son travail et de ne jamais être cité.


Cela aussi fait parti de la désinformation visant à rendre l’histoire plus mystérieuse qu’elle ne l’est en réalité. A nous de comprendre que toute cette horreur est faite seulement pour faire peur et qu’il ne faut pas la prendre au sérieux.


Bien évidemment, il y aura toujours des plus sceptiques que d’autres concernant le paranormal mais avant de croire à une vidéo ou un écrit sur Internet, il faut rechercher une source exacte. Si l’on n’en trouve pas, mieux vaut demeurer sur ses gardes.


Les Creepypasta sont les nouvelles histoires d’horreurs qui doivent également se conter dans les cours de récré. Nous vivons actuellement dans un monde où tout peut être facilement exagéré et Internet est aussi là pour ça. L’enfant du Hoax et des légendes urbaines fait un grand nombre d’adeptes et les histoires évoluent de jour en jour. Bien sûr, cela va de soi, toutes les Creepypasta n’ont pas un succès fulgurant. Certaines ne sont pas assez bien écrites et ne laissent pas la possibilité au lecteur d’interagir. 


Suicide Mouse, Dead Bart, Smile.jpg, le syndrome de Lalanville… Il semblerait que, plus ces histoires prennent de l’âge, plus elles entrent dans la légende d’Internet.


Oser donc aller les voir, les écouter ou les lire. Ce sera toujours à vos risques et périls.


Néanmoins, une interrogation demeure : dans la littérature alors ? N’y a-t-il pas de Creepypasta ?


Le roman La Maison des Feuilles de Mark Z. datant des années 2000 est un mélange d’annotations rendant le contexte crédible mêlé à une ambiance horrifique et un récit à la première personne. Ici, tout laisse à penser qu’il s’agit d’un Creepypasta avant l’heure mais pourtant, aucune rumeur n’a circulé en rapport à l’œuvre de Mark.


La réponse est toute trouvée : l’ouvrage sorti et édité en tant que tel, aucun doute ne pouvait ressortir d’entre les lignes. Il en est de même pour le maître de l’horreur Stephen King. Aucune de ses histoires n’a donné naissance à des Creepypasta.


Parait-il que le Stanley Hotel – le lieux l’ayant inspiré pour son livre Shining – est sacrément hanté. Cela encore, c’est à vérifier par vous-même en allant y séjourner quelques temps.


N’oubliez pas que vous êtes votre meilleure source concernant les histoires d’horreur circulant sur Internet. Nous connaissons tous le pouvoir des mots mais aussi celui de la vérité. Bien évidemment, il est amusant de croire un instant, quand on aime avoir peur.


Sur ce, rallumez la lumière, fermez bien votre porte et regardez derrière vous. On ne sait jamais, quelques histoires peuvent être vraies…


 

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