La Poésie

February 15, 2019

C’était le matin, après un rapide petit déjeuner et un au revoir nonchalant à son père, sa mère ou bien un frère, une sœur que l’on arrivait sur les bancs de l’école. Là-bas, on y retrouvait ses amis et un petit mal de dos à cause du cartable trop lourd. C’était pourtant sans grande vivacité qu’on s’asseyait en le posant par terre. Ces gestes là prouvaient que l’on était rentrés en classe afin d’apprendre une journée de plus ; pour le meilleur et pour le pire.


Très souvent, en primaire, nous avions des devoirs très spécifiques. À part apprendre à lire et à écrire dès qu’un événement de l’année surgissait, les professeurs avaient la même rengaine : Une Poésie !


Pour la rentrée, pour les vacances, pour la fête des mères, des pères… Le monde était fait pour nous faire rentrer des rimes dans la tête que nous oubliions aussitôt notre passage au tableau terminé.


Quelques-uns de nos amis avaient beaucoup de difficultés alors il fallait les aider en leur soufflant un vers sans trop de discrétion. D’autres, apprenaient les strophes à vitesse éclair. L’on finissait par croire qu’ils avaient des pouvoirs, une capacité d’apprendre inconnue du commun des mortels.


Personne ne détestait apprendre des poésies. En effet, dans le cahier, il y avait toujours la place pour un dessin à côté ; afin de l’illustrer. Certes, cet instant artistique effrayait les moins bons en dessin mais tout le monde y trouvait son compte. Il s’agissait d’un moment de repos avant que les matières plus compliquées s’imposent.


Parfois, à la place des poésies, il y avait des chansons qu’il fallait mettre à la toute fin du cahier.


Les rimes et les notes ne se trouvaient jamais très loin.


Par la suite, cela évolua. Au Lycée, les plus scientifiques délaissèrent la poésie. Pour certains elle devint un passe-temps tout comme la musique. Quant aux autres, plus littéraires, ce fut au côté de profs barbants ou brillants que plein de recueils de poèmes furent analysés. Ces dissections de textes se faisaient parfois si intenses qu’il y avait forcément quelqu’un dans la classe qui lançait un : « Madame, vous êtes certaine que l’auteur pensait ça ? »


Finalement, ce qui est sûr, c’est que nous sommes tous passés par ces étapes. Nous nous sommes tous retrouvés face au tableau à réciter des vers, le cœur battant.


La poésie accompagna nos jeunes années et, parfois, notre futur aussi.

 

 
Néanmoins, sa place dans la société évolue de siècles en siècles. Véritable métamorphe, on finit par se demander à quelle étape de son évolution elle en est.


Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est bon de se souvenir des bases : notre chère poésie est très ancienne et est généralement écrite en vers ou, plus rarement, en prose. On s’en doute, sa définition varie selon les époques et chaque siècle lui trouve des fonctions et des expressions propres. À défaut de ne pas avoir de trace poétique datant de la préhistoire, ce sont les civilisations antiques qui la mirent sur le devant de la scène. Par ailleurs, chez les Grecs, tout fabriquant de texte était considéré comme poète.


Puisque métamorphe, cela va de soi qu’elle détient un grand nombre de formes. Avant de nous plonger dans la complexité, voyons les plus communes :

 

La poésie versifiée se pâme
Sous son rythme élancé et ses attributs 
C’est la reconnaissance qu’elle réclame 
Pour la tradition quelle perpétue

 

La poésie métrée est une forme bien connue
Dans la littérature elle est très répandue 
C’est avec douze syllabes qu’on la reconnait bien
Mesdames et messieurs voici l’Alexandrin !

 

 

Le Calligramme

 

 

 

 

Genre littéraire poétique, écriture de la poésie atypique, c’est bien de la poésie en prose qu’il est sujet. Sujet de la poésie mais roi de son propre genre, il n’accorde pas plus d’importance aux rimes qu’aux nombre de syllabes. Il ne verse pas sa versatile poétique dans la versification mais fait preuve d’amour envers les fières métaphores et autres figures de styles. La douce torture qui réduit les mots à une poétique mathématique redonne ici le plein contrôle à la littérature de sa poésie dans celle que l’on dit de prose.

 


Ces genres poétiques ont des fondements anciens. Cela fait des siècles qu’ils sont ancrés dans l’histoire. Nous ne les avons certainement pas vu naître mais nous avons grandi avec.


Par contre, s’il on se demande si de nouveaux genres poétiques ont vu le jour il y a peu… la réponse est plus compliquée. Difficile de tomber sur un article exprimant qu’un poète vient de donner vie à un nouveau genre novateur. Tout semble déjà avoir été inventé. Notre amie la poésie se fait timide ; n’osant pas montrer les autres transformations qu’elle revêt.


Nonobstant, n’oublions pas que le genre poétique est en constante mutation. La poésie n’est pas entrée en hibernation, il ne faut surtout pas exagérer. Au contraire ! Suivant les siècles et comprenant sa possible éternité, elle a choisi la liberté.


Plus les temps passent, plus ce qui est poétique devient subjectif, sans beaucoup de règles comme avant. La poésie fait appel à l’irrationnel, c’est un émerveillement qui voyage de plus en plus sans même qu’on ne s’en rende compte. On y noue le subjectif et l’objectif ; il est donc, maintenant, difficile d’en faire une définition au sens stricte. Il y a beau avoir une origine, une histoire et des chemins…tout se multiplie à foison ! 


Michel Deguy, poète, philosophe et essayiste français disait « L’inquiétude de la poésie sur son essence habite la poésie dès son commencement Grec. »


Il y a beau avoir pleins de définition et des formes de poésies bien précises, c’est un genre sinueux et qui s’adapte. Toutefois, il faut faire attention car tout texte qui nous emporte n’est pas forcément de la poésie. Or, au cœur de notre XXIème siècles, nous recherchons bien plus l’expression poétique que le poème en lui-même. 


Remarque étrange à la limite de la contradiction, elle est pourtant réelle. 


Aujourd’hui, on a l’impression que les recueils de poèmes se font rares, ce qui est, là aussi, totalement faux. Production qui demeure dans l’ombre, elle fonctionne, avec plus de cent recueils publiés chaque année. Ce qui reste maintenant sûr et certain est que la poésie du XXIème siècle n’est plus unifiée par de grandes tendances tel que le Romantisme, le Symbolisme… Le souci se trouve donc dans le regroupement des poésies par groupes. Dur de faire des équipes lorsque les mouvements et les idées sont si diversifiés. 


Depuis plus de cinquante ans, la poésie est peu présente dans les journaux, à la télévision et on ne choisit pas des poètes pour représenter la littérature Française. Toutefois, tel que nous le remarquâmes dans les derniers paragraphes, un grand nombre d’auteurs la pratiquent encore. Ce sont surtout les blogs et les festivals qui lui attribuent un mérite : Printemps des poètes, marché de la poésie, journée mondiale de la poésie…


Internet est propice aux échanges du genre ainsi qu’au partage de culture. Les friands de poésie en tout genre peuvent vibrer de leur passion, voguant de sites en sites.


De surcroît, n’oublions pas que notre poésie métamorphe a plus d’un tour dans son sac. Discrète et maligne, il y a un de ses aspects que nous n’avons pas encore étudiés.


Bien que des recueils sortent encore en librairie ou que des poètes de la première heure se contentent de festivals et d’Internet, la poésie s’éternise grâce à d’autres moyens artistiques capables de la sublimer : rencontre entre peintres, des metteurs en scène, des musiciens. C’est un type de représentation qui se fonde sur l’idée d’une appartenance universelle de l’art.


« L’événement contemporain de la poésie peut se penser en catégories : la lecture de poésie ou ce qu’on appelait récital ; le spectacle de poésie au sens d’une mise en scène théâtrale : la poésie de performance. » 


Ainsi s’exprimait l’artiste et performeur Canadien Yan St-Onge. 


Mais alors, qu’en est-il de la chanson ? Le mariage entre la musique et la poésie est puissant. Cependant, il y a comme l’impression que cette union se détériore avec les âges et les musiques actuelles. Il est donc étonnant de se dire que notre poésie en mutation s’accroche toujours parfaitement à cet amour. Par ailleurs, nous pouvons même dire qu’il est le plus puissant de tous et que, malgré les à priori sur les chansons actuelles, la poésie continue son éternité grâce aux notes qui l’accompagnent.


De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.


[…]
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

 

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

 

Voici un extrait de Art Poétique de Paul Verlaine, grand poète et écrivain Français du XIXème siècle. Au fil des strophes, Monsieur Verlaine tend à nous démontrer que, pour lui, la poésie est essentiellement musicale. Au travers des rimes, des comparaisons et des métaphores ce sont les mots qui créent une musique résonnant dans l’âme. 


Par ailleurs, dès l’antiquité la poésie était chantée avec Homère qui entonnait les épopées Grecques. Cette tradition est ensuite restée chez les troubadours où le texte importait bien plus que la musique qui, d’ailleurs, était parfois réutilisée. La chanson n’était pas uniquement issue de la culture folklorique et populaire. Les troubadours s’exprimaient pour l’aristocratie. C’est à partir du XVIIIème siècle que la musique et la poésie se sont quelque peu séparées.


« Défense de déposer de la musique au pieds de mes vers ! »


S’exclamait Victor Hugo, rebuté à l’idée que son art poétique prenne une ampleur non désirée. Quant à Charles Baudelaire, lui aussi ne semblait pas charmé par cette idée saugrenue : 


« La vérité n’a rien à faire avec les chansons. Tout ce qui fait le charme, la grâce, l’irrésistible d’une chanson, enlèverait à la vérité son autorité et son pouvoir […] elle est donc absolument l’inverse de l’humeur poétique. »


Il était loin le temps des troubadours où les poésies chantées faisaient le bonheur de la cour. Plus le temps avançait plus les notes ne se mêlaient plus aux vers. 


Étonnement, toujours en France, dans les années soixante, l’idée revint et fonctionna durant quelques temps. Un grand nombre d’artistes de l’époque souhaitèrent mettre en valeur des textes poétiques auprès de douces mélodies. 


Afin de ne pas trier les exemples, remontez vivement dans le temps (sans oublier de revenir) :


Nous sommes d’accord qu’aujourd’hui cela ne se fait plus vraiment ou, alors, dans des cercles restreints. Pourquoi alors avoir dit que la poésie était toujours aussi liée à la chanson ? Pourquoi s’acharner alors que depuis des années c’est l’inverse qu’il advient : l’on ne fait plus trop attention aux paroles, ce qui importe, c’est la musique.


Le commercial. 


Si on s’arrêtait là, la fin serait bien triste. Vous devez le comprendre depuis quelques lignes déjà, la poésie a plus d’un tour dans son sac. Le commercial n’est qu’une façade et il faut passer au travers sans aucune crainte.


Tel qu’il le fut déjà expliqué, la poésie se partage maintenant grâce à Internet ou, alors, des festivals spécialisés. Auprès de la musique, elle dérive et des genres très précis se créent. 


Le Slam, connu depuis les années 90 ne comporte pas forcément de notes et d’accompagnements d’instruments mais est un bon exemple de déclinaison de la poésie. Il suppose que nous pouvons tous être des poètes et nous exprimer. Souvent en prose, l’on y retrouve du rythme et, quelques fois, des rimes pour appuyer des propos.


Le Slam vit le jour grâce à Marc Smith, un poète américain qui souhaitait rendre les lectures de poèmes moins ennuyeuses et élitistes. Avec l’espérance de faire progresser la poésie, il l’ouvrit à d’autres horizons, et donc, la soutint dans sa métamorphose.


Cette nouvelle branche de la poésie connait un grand nombre d’adeptes, des groupes se créent et se partagent sur Internet.


De l’autre côté de l’Océan, nous retrouvons par exemple Bottom Poetry, une société de poésie basée à Minneapolis et dont les performances des Slammeurs sont partagées sur Facebook et une chaine Youtube. N’hésitez pas à vous laisser emporter :

 

 

 

En France, un Slammeur est reconnu pour sont talent depuis près de dix ans déjà. 


Grand Corps malade manie les mots avec finesse tout en ajoutant de la musique à ses œuvres :

 

 


Bien souvent, des clips musicaux sont organisés pour quelques-unes de ses chansons. Il fonctionne tel un chanteur mais avec une particularité en plus. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui fait toute la différence. 


Si nous quittons cette branche de la poésie pour nous immiscer dans la musique pure et dure, nous pouvons également retrouver des chansons poétiques.


« Il ne faut pas oublier que le poème ne se concevait que chanté, avec ou sans accompagnement. Un poème dont on peut se passer n’est rien. Une chanson qui ne chavire pas non plus. Tout poème ainsi mis en chanson décuple le mystère. » 


L’écrivaine Française Sophie Nauleau apporte ici un message fondamental qui peut également se lier aux chansons empreintes d’expression poétique.


Cependant, nous heurtons encore un léger souci. Lorsque nous songeons à des chanteurs poètes en France ce sont Jacques Brel, George Brassens, Edith Piaf…qui nous viennent surtout en tête. Grands chanteurs et paroliers du XXème siècle, ils bousculèrent les genres. Non pas seulement troubadours, ils surent plaire au gens du peuple tout en créant des chansons aux paroles profondes, aux rythmes s’accrochant aux mots. 


Évidemment, les ressentis que nous pouvons avoir face à leurs chansons sont subjectifs mais l’expression poétique y est, sans aucun doute. 


Où sont les paroles emblématiques du XXIème siècle alors ? 


Charles Aznavour, plus jeunes que tous ceux cités, nous quitta en 2018 et laissa une marque dans la chanson française profonde et poétique. Ces chansons virent tout de même le jour au XXème siècle. 


En nous aidant d’un simple extrait d’un de ses airs les plus connus, la poésie nous saute aux yeux :


Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l'humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C'est là qu'on s'est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue


La personnification de Montmartre, métaphore du lieu de vie, vers oscillant entre six et sept syllabes…


Cette chanson est un parfait exemple de la mutation de la poésie. De plus, si nous avançons dans le temps, un grand parolier des années 80/90 est encore d’actualité : Jean Jacques Goldman. Bien que sa carrière soit en pause, il continue d’écrire des chansons pour un grand nombres d’artistes. Aussi, depuis 1980 il a co-écrit et/ou composé environ 125 chansons. Dans celles-ci se trouve tout l’album GANG de Johnny Halliday. Goldman disait lui-même : « […] La force des mots, le choc des notes. »


Nombreux de ses textes ont un rythme et des messages profonds qui fait de la poésie ce qu’elle devient aujourd’hui.


Puis, si nous avançons dans le temps, nous pouvons citer Vianney. Accompagné de sa guitare, il fait attention – tel les troubadours – au sens de ses textes et puis viens une mélodie ; toujours unique et recherchée : 


Cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage.
Au printemps, tu verras, je serai de retour.
Le printemps, c'est joli, pour se parler d’amour :
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris


Au début de sa chanson Dis, quand reviendras-tu ?  nous faisons face à des rimes suivies ainsi que des vers simples. Puis, après le refrain, il utilise un autre genre de poésie où le rythme est roi : l’Alexandrin.


Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois
A voir Paris si beau en cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne...
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine;
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne...
Ton image me hante, je te parle tout bas... 
Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de Toi


Sans oublier les assonances multiples, les métaphores ; l’expression poétique dans toute sa splendeur. 

 

Naturellement, tout n’est fait que de subjectivité et il se peut que ces textes, bien que poétiques ne transcendent pas tous ceux qui les écoute. 


Ce qui est certain est que quelques chanteur.euse.s français.e.s  d’aujourd’hui se mêlent encore à la poésie tout comme Calogero, Emmanuel Moire, Angele… Les exemples sans nombreux et même de l’autre côté de l’Atlantique où l’on pourrait croire que tout se veut commercial. 


En ce qui concerne le rap, lui aussi est proche de la poésie de base surtout face au rythme qu’il faut garder et à l’importance des mots. Un bon rap est celui où l’artiste sait se jouer des mots et de tout ce qu’ils apportent. Si vous souhaitez un exemple frappant, n’hésitez pas à vous appuyer sur les textes d’Mc Solaar.

 

Finalement, la poésie n’est pas près de nous quitter et il ne tient qu’à nous pour qu’elle demeure éternelle. En ce XXIème siècle, nul besoin de nouveau genre. Notre métamorphe ne veut plus être enfermée dans un carcan. Libre et légère, c’est avec toutes ses formes qu’elle emporte ceux qui l’admirent encore. La musique demeurera l’une de ses principales amantes mais elle reste aussi belle, couchée sur papier, sans aucune note.


La poésie est sauvage, indomptable mais aussi et surtout impérissable. 


 

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