NOIR : Interview de Patrice Quélard

June 16, 2020

 

Patrice Quélard est un auteur et nouvelliste participant à la seconde anthologie de Noir d'Absinthe : NOIR. 

 

Patrice Quélard est tout autant voyageur impénitent qu’attaché à sa Bretagne natale. Passionné d’Histoire, et particulièrement des petites histoires dans la grande, cela ne l’empêche pas d’être également très attiré par les littératures de l’imaginaire. Dès la cinquième, son vénérable professeur de français disait de lui : « de la facilité de style, mais il faut parfois s’en méfier ! », conseil qu’il a pris longtemps au pied de la lettre, gardant pour lui sa versatile et abondante production, avant de se décider finalement à la partager. Bien que figurant dans des genres éclectiques, ses œuvres ont souvent pour trait commun un humour grinçant, ainsi qu’une réflexion sans concession sur la société actuelle, et plus généralement sur la condition humaine. Patrice Quélard vit à Saint-Nazaire, où il mène parallèlement une carrière dans l’éducation.

 

Romans


Fratricide, (Les Amazones, février 2017.)
Catharsis – Disputatio (Ed2A, décembre 2016, puis KDP, juin 2019.)
Terramorphos, saison 1 (Nutty Sheep, juin 2016, avril 2017 en intégrale brochée.)
Terramorphos, saison 2 (Nutty Sheep, juin 2017, décembre 2017 en intégrale brochée.)


Patrice a aussi écrit beaucoup de nouvelles

 

Son site internet

Sa page Facebook

 

  1. Après avoir consacré une partie de votre vie à l’enfance par le biais de vos professions, qu’est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers ce genre du NOIR, soit un genre aux antipodes ?

    Eh bien, le thème proposé, tout simplement ? Je ne suis pas un grand lecteur de roman noir, et je n'avais jamais rien écrit dans ce genre. Je suis un auteur assez éclectique par nature, même si j'ai mes thèmes de prédilection. Quand j'ai vu cet appel à texte, j'y ai surtout reconnu un challenge qui me pousserait à sortir de ma zone de confort, et je trouve que c'est important de s'y obliger régulièrement. Résultat des courses, probablement le texte le plus trash qui soit jamais sorti de ma plume, hors quelques scènes de champs de bataille de mon premier roman, Fratricide. Mais cela ne m'empêche pas de sortir bientôt un album pour la jeunesse, et de préparer un roman jeunesse pour l'année prochaine, pour lesquels j'utilise bien sûr ma connaissance du public juvénile.

    Je change assez facilement de "casquette", et contrairement à beaucoup de mes confrères, quand je change de genre, je n'ai pas l'habitude de me cacher derrière un pseudo. Jusqu'à présent (je touche du bois), j'ai toujours assumé tout ce que j'ai écrit, même quand c'était dur, violent, noir, déprimant. Peut-être aussi parce que rien de ce que j'écris n'est gratuit : il y a toujours un message.

     

  2. Arrivez-vous à concilier votre profession actuelle avec votre passion pour l’écriture ?

    Pour être parfaitement franc, ce n'est pas toujours facile. Parfois, j'aimerais ne vivre que de ma plume, et puis à d'autres moments, je me dis que j'en serais tout simplement incapable. La vérité doit se trouver quelque part entre les deux. J'exerce un métier (directeur d'école) vraiment très intéressant, mais de plus en plus difficile, la chose est incontestable et pratiquement incontestée. Alors écrire le soir, la nuit ou même le week-end, quand on a eu une journée/semaine éprouvante, c'est parfois très compliqué, et parfois même impossible.

    Mais d'un autre côté, il faut aussi reconnaître que mes deux professions non seulement se complètent bien, mais je dirais même : se nourrissent l'une et l'autre. Ce que je vis quotidiennement au travail, entre autres, contribue à alimenter régulièrement mes romans et mes nouvelles en personnages et en situations diverses et parfois si cocasses que même mon imagination débordante n'y aurait pas songé, et d'autre part, mes sessions d'écriture sont un espace d'expression et de défoulement absolument indispensable à ma santé mentale après avoir passé mes journées à gérer des situations pénibles ou à tenter de dénouer des problèmes inextricables. Tout cela relève d'un équilibre précaire (avec mon entourage familial, qui est la troisième pierre angulaire) qui convient, pour le moment, à l'écorché vif que je suis, qui sait que tout équilibre ne peut être que précaire.


     

  3. Qu’est-ce qui vous intéresse et vous stimule le plus dans les littératures de l’imaginaire ?

    Je ne suis pas un fanatique de l'imaginaire débridé. En tant qu'écrivain, je ne suis venu à l'imaginaire qu'après avoir assouvi une partie (une partie seulement, car je suis loin d'en avoir fini) de mon vice pour le roman historique. Et encore, en dehors d'un roman de SF (qui n'est plus édité actuellement), je n'ai traité ces genres, jusqu'à présent, que par le biais de la nouvelle. Je l'ai déjà dit : pour moi, le propos est central. Pour justifier un roman, il faut que j'aie vraiment quelque chose à dire qui ne puisse pas tenir dans une nouvelle ou une novella. Conséquence logique de cet état de fait, je ne suis pas un amateur de fantasy, même si j'ai lu pas mal de classiques du genre.

    Je trouve qu'il est devenu difficile de faire encore original dans ce genre, et j'ai souvent eu l'impression de lire pour la énième fois la même chose. J'ai particulièrement peu d'appétence pour tout ce qui accorde une trop grande importance à la magie, car j'ai besoin d'un certain réalisme pour croire en ce que je lis ou écris. Le fantastique me plaît déjà beaucoup plus, même si là également je vais avoir une préférence pour le fantastique discret, la distorsion de la réalité par petites touches subtiles. Enfin, de toutes les littératures de l'imaginaire, celle qui m'intéresse le plus est la science-fiction, et en particulier la littérature d'anticipation, grâce à son pouvoir de faire parler le futur en observant le présent. Les grands auteurs classiques des années 30, 40, 50, 60, sont (hélas, parfois) en train de prouver que ce qu'ils ont écrit n'était déjà presque plus de l'imagination, mais de la proaction.

    J'aime la SF politique, la SF engagée, la SF écologique, celle qui devrait faire réfléchir nos gouvernants. En résumé, je ne dédaigne pas le côté divertissant d'un livre, mais pour moi ce n'est jamais une fin en soi : il faut aussi que cela nourrisse ma réflexion.
     

  4. Avez-vous déjà vécu le syndrome de la page blanche ou disposez-vous d’une routine d’écriture ? (moments précis, régularité, lieux, heures etc…).

    Par obligation professionnelle et familiale, je suis surtout un écrivain de la nuit, même en vacances. Mais j'ai toujours un mémo ouvert sur mon smartphone pour prendre en note quelques fulgurances qui peuvent me traverser à n'importe quel moment. Avant, c'était un calepin, mais il faut bien passer au XXIe siècle (cela dit, il reste encore trois calepins remplis et en partie inexploités dans le tiroir de mon bureau). Le syndrome de la page blanche, non, et pour une raison simple : s'il devait avoir lieu, il a eu lieu avant à l'intérieur de mes méninges. Tous mes textes – et c'est de plus en plus vrai en avançant en âge et en expérience – passent par une période préparatoire qui est mentale à 75% en moyenne, les 25% restants étant consacrés à des recherches documentaires (pourtant parfois très longues) et par des prises de notes plus ou moins hiéroglyphiques et la rédaction de bouts de dialogues épars qui me permettent mieux que n'importe quoi d'autre de fixer une ambiance, une atmosphère, mes personnages, leur tempérament et la "température" de leurs relations. Le jour où je commence à rédiger, le plus dur est déjà fait, je n'ai plus qu'à assembler le puzzle dont j'ai déjà fabriqué toutes les pièces. De cette manière, il n'y a pas vraiment de premier jet. La première mouture est déjà bien aboutie, car le foutoir et les incohérences, ils ont déjà eu lieu dans ma tête avant.
     

  5. A travers vos écrits, quelles thématiques aimez-vous aborder ? Dites-nous en plus.

    Sans vouloir paraître grandiloquent, je dirais les grandes problématiques du genre humain. La guerre, la mort, la religion (et son cortège d'intolérances et de préjugés), l'au-delà éventuel, l'éducation, l'écologie, les sentiments d'attachement (amitié, et bien sûr amour), mais aussi le leadership, le pouvoir, le fric, le racisme, le sexisme, la violence institutionnelle... Aucun grand problème de société ne me laisse froid. Terence disait : homo sum humani nihil a me alienum puto. Je suis homme et je considère que rien de ce qui est humain ne m'est étranger.
     

  6. Vous disposez d’une bibliographie plutôt conséquente. Parmi tous ces écrits lequel a votre préférence ? Pourquoi ? Lequel vous a opposé le plus de difficultés à la rédaction ? Pour quelle(s) raison(s) ?

    Eh bien c'est la même réponse pour les deux questions : Fratricide, mon premier roman, qui semble être, de l'avis de la critique, mon oeuvre "majeure" pour le moment. Difficulté parce que c'était le premier, parce que je l'ai commencé un peu trop jeune sans doute, parce que c'était un chantier titanesque (mais je suis coutumier de ce genre de chose), et parce que j'ai dû le continuer et le terminer dans une période de ma vie personnelle qui n'était vraiment pas facile, tant et si bien que j'aurai mis, au final, presque 14 ans à le boucler. Ce bouquin c'est quelque chose. Tout à la fois un travail documentaire faramineux, des moments d'euphorie phénoménale, mais aussi des moments d'accouchement dans la douleur. C'est mon devoir de mémoire, et en même temps c'est peut-être le récit d'une de mes vies précédentes. Il y a quelque chose d'assez mystique avec ce livre.

 

 

Merci Patrice !

 

L'Anthologie NOIR sera disponible le 27 juin 2020

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts à l'affiche