NOIR : Interview de Jordi Vila Cornellas

June 25, 2020

Jordi Vila Cornellas est un auteur et nouvelliste participant à la seconde anthologie de Noir d'Absinthe : NOIR. 

 

 

 

De signe astrologique lutin ascendant chimère, Jordi Vila Cornellas a poursuivi des études d’écriture de scénario sans jamais les rattraper, trop occupé à vivre ses propres aventures dans des donjons imaginaires pleins de dragons et de princesses éplorées.


Une maîtrise d’écriture de scénario obtenue à l’arraché, il a préféré abandonner le cinéma pour explorer d’autres univers. Vingt ans plus tard, en plein doute sur la réalité de son existence, il s’est réveillé aux Utopiales avec la ferme conviction que le temps ne pouvait pas se remonter, sauf dans les histoires. Il a donc ressorti sa plume – transformée en clavier – rallumé son imaginaire, et s’est enjoint de léguer à l’humanité un compendium d’œuvres inachevées, à l’exception de certaines dont il souhaitait vraiment connaître la fin.

 

Présent sur les plateformes de lecture/écriture en ligne sous le pseudonyme de Joe Cornellas, affectionnant les récits de space opera et de fantasy, deux de ses nouvelles ont été primées lors des matchs d’écriture des Utopiales (2016 et 2017) et publiées sur le site du Club Présences d’Esprits. Son premier roman (inachevé) s’est vu décerner un Wattys dans la catégorie « Révélations » en 2017 sur Wattpad.

 

Sa dernière publication papier remonte à septembre 2018 avec une nouvelle parue dans l’anthologie Dimension Aéropostale chez Rivière Blanche et l’Ivre Book.

 

  • Dans votre biographie vous dites être « trop occupé à vivre des aventures dans des donjons imaginaires pleins de dragons et de princesses éplorées ». Votre vie à l’air bien palpitante à côté de la mienne. Dites-nous-en un peu plus ?

 

Résumer des années d’aventures, de hauts faits et d’acclamations de peuples libérés du joug de leurs tyrans prendrait sans doute un peu trop de place ici. Un point important à savoir : ça, c’était avant…

 

Les jeux de rôle ont peuplé ma jeunesse de rêves, de drames et d’intrigues passionnantes. Ma drogue à moi, c’était les mondes imaginaires, quelle que soit la façon dont ils se matérialisaient dans ma vie : littérature SF et fantasy, BD, cinéma, jeux de plateau ou jeux de cartes (comme Magic) et autres divertissements situés de l’autre côté du périphérique de notre réalité. J’étais ce qu’on appelle aujourd’hui un « geek », comme une grande partie de cette génération des années 70-80 qui a grandi avec les livres dont vous êtes le héros, avec la Guerre des étoiles, Temps X, les micro-ordinateurs à cassettes, l’Atari 2600 et tout ce florilège de nouveautés extraordinaires qui permettaient de s’évader d’un monde en proie à une course aux ogives nucléaires.

 

Voilà qui a servi de terreau à mon imagination, à mon besoin d’histoires et de récits. Mais, rassurez-vous, Justine, ma vie (de ce bord du monde) n’est pas plus palpitante que la vôtre, sinon je vous invite à vous rendre de ce pas dans la première boutique de jeux du coin et à menacer de vous immoler par le feu devant la vitrine si le vendeur ne vous initie pas sur le champ au jeu de rôle ! vous verrez, ça risque de palpiter très vite autour de vous 😉

 

Maintenant, je tente d’apprendre les rudiments de la magie à ma fille et les bases de la navigation hyperspatiale à mon fils. Ils prendront le relais, je n’ai plus le temps pour ces fantaisies. J’ai remplacé le jeu de rôle par l’écriture, parce que ça, je peux le faire tranquillement dans mon coin, une fois le calme de la nuit tombé sur la maison. Et puis, ça fait classe… à la question « et vous, vous faites quoi dans la vie ? », lors d’une soirée mondaine à l’Elysée par exemple, c’est toujours plus cool de répondre : « je suis auteur », que « informaticien, monsieur le ministre, et vous ? » …

 

  • Au premier abord, qu’est-ce qui vous a intéressé dans cet appel à textes sur le thème NOIR ? Était-ce un de vos genres de prédilections ?

 

C’est la maison d’édition qui m’a attiré, pas du tout le thème, d’ailleurs, j’écris peu de textes « sombres », je ne sais pas faire (enfin, je ne savais pas que je savais). L’appel à texte était tellement bien documenté, on sentait que l’éditeur maîtrisait son sujet, qu’il ne prenait pas du tout son anthologie à la légère.

 

Je me suis renseigné sur Noir d’Absinthe (je fais partie du forum « l’Orée des conteurs », on échange beaucoup d’infos sur les éditeurs) et j’ai eu de bons retours, très encourageants. Certains auteurs publiés par NdA ne m’étaient pas non plus étrangers, leurs noms ayant traversé mon écran lors de mes parcours sur la plateforme en ligne Wattpad. J’ai donc décidé de tenter l’expérience : j’ai lu l’article sur le roman noir qui était recommandé, je suis allé jeter un œil aux auteurs suggérés et j’en ai sélectionné un pour me faire une idée de ce que pouvait bien être le « roman noir ». Bien sûr, j’avais déjà lu un peu de James Ellroy, et de Jack Vance (si si, il a écrit du noir). Ellroy ne m’avait pas particulièrement plu. Trop glauque. J’ai donc fouillé pour trouver un auteur qui me correspondrait davantage, et je suis tombé sur Jim Thompson. Ce qui va permettre la transition avec votre question suivante…

 

  • Je crois savoir que vous vous êtes inspiré de 1275 âmes de Jim Thompson pour votre nouvelle Du jambon pour les cochons. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

 

Ça vous épate, hein, mon don pour deviner vos questions ? Je vous donnerai mon truc après. Donc, Jim Thompson et ses 1275 âmes… Quand j’ai découvert que son roman avait été adapté par Tavernier, un de mes réalisateurs cultes, sous le titre Coup de torchon, un film qui aligne Huppert, Audran, Noiret, Marielle, Marchand et Mitchell dans un numéro de cirque hallucinant, je me suis dit qu’il FALLAIT que je lise ce livre.

 

J’ai donc filé à la bouquinerie du coin et, le destin s’en mêlant, ils en avaient un exemplaire dispo. Je découvre un texte génial, traduit par Marcel Duhamel, typé, cynique, bluffant, d’un premier abord décousu et nonchalant, comme son personnage principal, un peu simplet, et en fait… une construction d’une grande maestria. Une perle, quoi. Je tiens mon thème : je vais garder l’esprit et le transposer dans une satire de fantasy.

 

J’aime la fantasy, mais je lis trèèèèèès rarement de la bonne fantasy. Et je suis du genre énervé des clichés véhiculés par le genre. Du coup, je me dis que le cliché peut devenir un ressort scénaristique, en le tordant : les elfes deviennent des junkies parqués dans des réserves, les humains dominants sont des gros paysans racistes ou des mages sans scrupules, et le personnage symbole de la Loi devient le pire tire au flanc qui soit. Ça, c’est l’héritage de Thompson : un monde dans lequel les mauvais sont si mauvais qu’ils arrivent coûte que coûte à se maintenir au pouvoir. Bien sûr, comme je ne suis pas un auteur de roman noir, plutôt un romantique oldschool, j’ai édulcoré. Mon personnage à moi n’est pas un mauvais bougre. C’est juste un raté. Chez Thompson, le héros est un affreux qui cache son jeu derrière un pragmatisme indolent. Je suis incapable d’aller aussi loin. Et c’est tant mieux, d’ailleurs. Mon texte reste empreint de mes aspirations d’idéaliste halluciné. J’étais content de mon texte quand je l’ai relu… ce qui m’amène à votre quatrième question (toujours impressionnée, chère Justine ? Oui ? Vous êtes admirable de courtoisie).

 

  • Avez-vous été surpris d’avoir été sélectionné ? Si oui, pour quelle(s) raison(s) ?

 

Oui ! Autant que par votre capacité à trouver les questions qui font sens dans mon parcours avec Noir d’Absinthe, très chère. Vous êtes bien renseignée…

 

Mais également « non », parce que, comme dit précédemment, j’étais content de mon texte. Je l’ai très peu retouché (c’est rare), et mes relecteur sont tout de suite été enthousiastes, ce qui voulait dire beaucoup. Donc, je sentais que je tenais un texte avec une âme (une seule, pas 1275, mais c’est déjà pas mal), ce qui en faisait un candidat potentiel à l’édition. Pourtant, quand j’ai vu qu’Emilie avait reçu 180 textes, je me suis dit que c’était mort. Comme tout auteur qui tente de placer de temps à autre un travail chez un éditeur, j’ai essuyé plus de refus que je n’ai reçu de propositions concrètes. Je sais que la concurrence est rude dans le milieu. Et moi, dans le « noir », je dois tâtonner pour trouver mon chemin, là où d’autres avancent en terrain connu, tels des chauves-souris vampires en chasse. Alors, émerger au milieu de tout ça, c’était inattendu, un petit moment d’exaltation. Je crois qu’on écrit pour ce genre de moments : ils effacent toutes les frustrations. Merci Emilie (petit clin d’œil à la Aldo Maccione, sincèrement reconnaissant).

 

  • Et pour finir, pouvez-vous nous raconter une anecdote sur vous ?

 

Là, Justine, vous m’avez eu… Impossible d’anticiper ça, bien joué. Vous vouliez me déstabiliser, c’est fait ! Bravo. J’aurais dû me douter que j’avais affaire à une femme fatale. Autant de maîtrise n’augurait rien de bon.

 

Une anecdote ?

 

Soit je me ridiculise, soit je passe pour un frimeur, c’est rude pour une fin d’interview ! Dois-je parler de la fois où j’ai empêché le retour du Grand Cthulhu en renvoyant Nyarlathotep au fin fond du cosmos, ou raconter comment j’ai confondu l’expression « noir de jais » avec « noir de geai » (en me demandant naïvement ce que les gens trouvaient de si noir à cet oiseau coloré)  ? Non, c’est pas ça la question ?

 

Peut-être une anecdote en rapport avec notre sujet, dans ce cas, hmmm ? Eh bien, quand j’ai su que l’anthologie allait paraître avant l’été, j’ai tout de suite cherché à obtenir des infos sur la couverture. J’avoue avoir lancé plusieurs fois le sujet, nonobstant le risque de passer pour un monomaniaque lourdingue. Après avoir louvoyé, la réponse d’Emilie a finalement été : « tu vas rire… ». Libre à mon imagination débridée de faire le reste. J’ai hésité entre « Le monochrome de Blackman » ou « le carré noir de Malevitch ». J’ai quand-même trouvé judicieux de recommander d’écrire le titre en blanc… En voyant le BAT, je crois qu’ils ne m’ont pas entendu. Ils sont allés au bout du concept. Mais, ceci dit, elle est superbe cette couv’. J’espère juste que le titre est en relief, pour que je puisse le lire ! (Part en courant pour éviter de prendre un volume sur le râble).

 

 

 

Merci Jordi!

 

L'Anthologie NOIR sera disponible le 27 juin 2020

 

 

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