5 Choses à savoir sur le Fantastique et l'Horreur

January 22, 2018

Avec la Fantasy et la Science-Fiction, le Fantastique et l’Horreur représentent le dernier pilier des littératures de l’Imaginaire. On pourrait les traiter séparément, mais ces genres sont très proches et ont émergé des mêmes objectifs narratifs.

 

Découvrons de quoi il retourne.

 

Le Fantastique :

 

 

Définissons tout d’abord ce genre. Le Fantastique repose sur l’intrusion du surnaturel dans le réel, ce qui le différencie singulièrement de la Fantasy et du Merveilleux, car ici le surnaturel n’est plus accepté ou commun. Il est paranormal au sens le plus strict : étrange, mystérieux et souvent effrayant.

 

Ainsi, les protagonistes dans les récits de fantastique n’ont en général pas les connaissances pour comprendre ce qui se passe, ni les armes pour lutter. On se retrouve avec les anciens récits de fantômes ou de vampires, contre lesquels les héros sont démunis et souvent victimes des événements.

 

Cette littérature était particulièrement fertile au XIXe siècle, ce qui fait que des auteurs classiques s’y sont essayés, à la différence des genres comme la Fantasy et la SF, plus contemporains. Cela donne au genre un meilleur accueil et une meilleure image auprès du public et de la critique, et est ainsi plus étudié en cours de français par exemple.

 

On a d’ailleurs, en France, longuement classé des œuvres des autres littératures de l’Imaginaire, à défaut de nom.

 

 

 

L’Horreur :

 

L’Horreur est souvent considérée comme un sous-genre du fantastique, où l’on se concentre sur l’aspect effrayant et cruel du surnaturel, qui est ici exacerbé. Ainsi quand le surnaturel a des effets particulièrement terribles, conduisant à des avilissements, la folie ou des morts sanglantes, on rentre dans l’Horreur.

 

L’Horreur a ainsi pour fonction de créer des sentiments d’effroi ou de malaise chez le public, aussi bien en littérature que dans les autres médias. Il y a beaucoup de façons différentes d’arriver à ce résultat, et le genre ne se limite pas au gore ou au glauque, même si ces deux thèmes y sont souvent centraux.

 

Mais l’Horreur ne se limite pas au Fantastique. En effet, si le Fantastique et l’Horreur ont souvent en commun un surnaturel effrayant ou répugnant, ce n’est pas toujours le cas. Par exemple dans les films Aliens, il n’y a aucun élément surnaturel, nous sommes dans de la SF pure, mais avec un traitement horrifique. Tandis que dans Harry Potter, du moins la partie chez les Moldus (je considère personnellement que ce qui se passe dans le monde des sorciers relève du Merveilleux et donc de l’Urban Fantasy), la peur est absente et l’Horreur n’est pas présente.

 

On peut dès lors difficilement considérer l’Horreur comme un sous-genre du Fantastique, mais plutôt d’un petit frère ou d’une petite sœur qui a fait son chemin depuis.

 

Au niveau littérature, l’Horreur a beaucoup de mal à trouver sa place aujourd’hui. C’est un genre qui a des amateurs, mais encore moins nombreux qu’en SF. Il s’agit vraiment d’une niche et même l’offre n’est pas pléthorique. À l’inverse du cinéma, où l’Horreur fonctionne très bien, mais à petit budget. Il n’est pas très cher de produire un film d’horreur, surtout comparé aux autres genres de l’Imaginaire comme la SF et surtout la Fantasy. Souvent on a affaire à des huis clos, avec peu d’effets spéciaux et certains films parviennent à être très rentable et expliquer peut-être en partie cet écart de représentation entre les différents médias.

 

La naissance de la peur :

 

L’Horreur, autant que le fantastique, se base sur le réel. Lorsque nous lisons de la SF, aussi cruelle et horrible soit-il, une distance existe entre le public et l’œuvre. Oui Alien fait peur, pour revenir à cette œuvre, mais elle se déroule dans l’espace et dans le futur. Nous ne craignons rien.

 

Ce n’est en général pas le cas avec l’Horreur, hormis certaines croisées de genre. En effet, l’Horreur nait mieux dans le terreau fertile du réel. Ainsi, les cadres et les personnages sont souvent communs : la maison du quartier, le lycée, un parking, le métro, arpentés par des citadins, des hommes et des femmes que l’on pourrait croiser dans la rue. Souvent, le cadre très mondain est présenté pendant la première partie de l’œuvre, afin de créer une reconnaissance chez le lecteur ou la lectrice. On a l’impression de découvrir la vie du voisin, du vendeur d’à-côté… Cela crée une forte identification.

 

Puis les éléments étranges, d’origine surnaturel dans le fantastique, mais pas forcément dans l’Horreur, arrivent. Un nouveau voisin arrive, mais son épouse est morte dans des circonstances troublantes. Le chat disparait et est retrouvé mutilé sur le palier. Ou simplement on déménage dans une maison où un crime a eu lieu. Bref, le réel le devient un peu moins et bascule peu à peu.

 

Les personnages ont conscience que quelque chose se trame, n’est pas normal, mais il est trop tard et le spectateur assiste, impuissant, aux horreurs qui assaillent le protagoniste.

 

Ce sont là les codes de l’Horreur, même si bien sûr les variations sont nombreuses et que les créateurs jouent continuellement avec le genre, qui dispose également de multiples sous-genres. Une histoire de fantôme (fantastique ou horrifique) n’aura ainsi pas grand-chose à voir avec un slasher ou une secte de cannibales.

 

Pourquoi l’Horreur ?

 

L’Horreur est un genre qui fait peur, et nous ne parlons pas uniquement de l’œuvre en elle-même. Le genre a en effet une réputation sulfureuse et beaucoup de personnes y sont réfractaires et ne le supportent pas, parfois dans un média, parfois dans plusieurs.

 

Pourtant, le genre est d’une grande richesse et permet de traiter de l’humain comme peu d’autres littératures. L’humain, dans le genre horrifique, est confronté à l’indicible et on retrouve des monsieur/madame tout le monde en proie à des situations abominables. Ces situations dissipent chez les personnages le masque social et culturel, en les plongeant dans un monde de pulsions, « combattre ou fuir », nous mettant ainsi devant notre nature animale.

 

L’Horreur nous fait ainsi contempler les peurs primales, comme celles de la mort ou de la souffrance, et l’opposition entre la nature profonde de l’être humain et tout ce qui a été bâti depuis des générations pour masquer cette réalité, toujours présente et enfouie. On touche à l’inconscient, au refoulement.

Dans ces littératures, on redécouvre ce qui fait l’humain sous sa partie sombre, celle que la plupart aimerait oublier. Le choc est parfois violent et crée le rejet, mais il est aussi profond et, c’est là un avis personnel, ces œuvres traitent admirablement de l’être humain sous toute sa complexité. Contempler l’abyme en nous permet, dans une certaine mesure, d’en prendre conscience et de s’interroger. Cela répond aussi aux pulsions violentes ou sexuelles (l’Horreur parle beaucoup de ces deux thèmes) et, quelque part, de s’en purger, dans ce que les Grecs appelaient catharsis.

 

On a donc vraiment deux aspects, la peur ou le malaise, engendrés par la situation ou l’antagonisme, et la réaction des personnages, leur évolution et leur psychologie. Une bonne œuvre d’Horreur parvient à lier les deux.

 

L’évolution du Fantastique :

 

Après ce long aparté, revenons sur le Fantastique et ses changements à travers le temps. Initialement, il était très proche de l’Horreur dans cette dissociation entre un monde réaliste, des événements extraordinaires et une confrontation avec la psyché du protagoniste, qui finissait en général par se fracturer.

 

Aujourd’hui, si des textes répondent toujours à ce schéma, le Fantastique s’est pour partie délesté de ses effrayants atours, pour se rapprocher du Merveilleux. Le surnaturel, dans les œuvres récentes, passe généralement pour moins effrayant et les lecteurs et lectrices l’apprécient dans un but d’évasion.

On a ainsi tout un mouvement de romance paranormale qui a fleuri et qui a pris beaucoup de place sur les rayons des librairies, souvent à la limite entre Fantastique et Urban Fantasy et proposant des créatures et des monstres pas si effrayants que cela.

 

Le Fantastique est également beaucoup repris dans la littérature jeunesse ou jeune adulte, ou là encore le surnaturel est plutôt un moyen d’émancipation que d’aliénation, le genre étant totalement pris à contre-pied et réinventé.

 

La quasi-disparition de l’Horreur en littérature suit aussi ce mouvement et s’il y a quelques années on trouvait un rayon Fantastique-Terreur un minimum garni, celui-ci s’est réduit comme peau de chagrin avec les années, à part chez quelques maisons d’éditions spécialisées.

 

D’un autre côté, un genre a également décollé, sorte de pont entre l’horreur et le polar, à savoir le thriller. Nombre d’œuvres horrifiques sont d’ailleurs rangées sous les couleurs de cette littérature, qui a le vent en poupe. Le traitement est différents, mais les similitudes sont nombreuses, et aujourd’hui il est plus sage de marketer un livre comme thriller que comme horreur.

 

 

Conclusion :

 

Ces deux genres voisins nous parlent, nous l'avons vu, de l'humain avant tout. Le Fantastique s'est en partie délesté de son côté sombre pour répondre à un besoin d'évasion, tandis que l'Horreur s'est enfuie sous les couleurs du thriller.

 

Pourtant, certains auteurs et certaines autrices continuent de produire cette littérature, tandis que des maisons d'édition qui la défendent les publient toujours. Le cinéma adore toujours ces genres et des auteurs comme Stephen King ou Clive Barker sont des succès internationaux, preuve qu'il faut persister et continuer de proposer des textes dérangeants et riches.

 

Et vous, quels sont vos œuvres de Fantastique et d'Horreur préférées ?

 

 

Quelques ressources :

 

Margaux, de la chaîne Youtube My Deer books, nous parle du fantastique

 

Horreur.com, une référence surtout pour le cinéma de genre.

 

La sélection de Sens Critique en matière de littérature Fantastique et Horrifique

 

 

Crédit photo : Jack Cain & Daniel Jensen

 

 

 

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