LES NOVÉLISATIONS

January 28, 2019

« Le cinéma cannibalisant la littérature, la littérature se rajeunissant au contact du cinéma, pour reprendre les lieux communs les plus indéracinables en la matière. »

 

Jan Baetens

 

Ce thème pourrait être des plus simples. La possibilité de l’expliquer en quelques lignes est d’une aisance sans nom. Néanmoins, oblitérer une vérité plus profonde n’est pas la bonne démarche. En effet, au cours de nombreuses recherches, il m’est apparu une évidence. Étonnante, j’en fus longtemps perplexe, m’interrogeant par quel biais aborder ce sujet. Aux allures douces et simples, il cache cependant de nombreuses polémiques créées simplement afin de le faire tomber.

 

 


Tel un art incompris, les opposants sont nombreux et il est presque honteux ou difficile d’avouer qu’il s’agit d’une œuvre. Pourtant, nous nous trouvons dans un monde où il est bon d’être curieux. Découvrir, n’est-ce pas le plus beau des dons ? La littérature est pleine de possibilités et, au cours des âges, des pages… maintes personnes se firent juger par leur écriture et leur manière de penser.


Là, ce ne sont pas que des personnes qui entrent dans un drôle de tabou, mais ce genre lui-même. 


D’ailleurs, vais-je vous parler d’un genre ? 


Il semblerait que même ce terme est voué à débat concernant l’innocente Novélisation. De l’anglais Novel, il s’agit d’une réécriture sous forme de roman d’un film ou d’une série télévisée. 


Vous vous en doutez, ces livres visent un public très précis : les adeptes desdits films ou des desdites séries. Cependant, un grand nombre d’experts étirent le sujet à un nombre incalculables d’interrogations philosophiques et sociales. Il semblerait que ces adaptations littéraires n’aient pas le droit à une identité propre. Tabous pour certains, chimère pour d’autres, la Novélisation tient bon malgré tout. Réelle force de la nature, elle se protège grâce à ceux qui apprécient la lire et comprennent son existence. 


Tristement, détenir un grand nombre de fidèles ne fait pas tout. La subjectivité oblige, il faut choisir un camp. Être pour ou contre. Se faire neutre n’est pas toujours la meilleure des solutions lorsque le navire combat la tempête.


Aussi, je vous demanderai de rester calme et d’hisser les voiles.


Ensembles, traversons ce triangle des Bermudes littéraire. Sous tirons le vrai du faux et analysons les bienfaits de la Novélisation. Tel des résistants, joignons-nous à ce qui nous semble juste mais restons prudents.


Appuyons-nous sur les recherches de Jan Baetens, auteur de la citation quelques lignes plus haut.


Ce poète et critique Belge se fait omniprésent lorsqu’il s’agit de Novélisation. Impossible d’ignorer son ouvrage La Novélisation : du film au roman. Si l’on ose plonger dans des recherches poussées, presque toutes les pages qui s’ouvrent parlent de ce livre. Impossible d’en faire fi. Il semble presque être reconnu tel une bible de vérités concernant ces livres incompris.


Selon Monsieur Baetens, la Novélisation n’est pas une adaptation à l’envers mais un nouveau regard sur la dynamique de production culturelle.


En effet, la Novélisation existe pour faire revivre l’œuvre cinématographique d’une autre manière. La littérature – bien plus ancienne que le cinéma – est, depuis des siècles, un moyen de faire vibrer et voyager avant même qu’un grand écran projetant des illusions ne le fasse. De surcroît, sachez que la Novélisation est née avec le cinéma.


Avant nommée Roman-Feuilleton, c’est en 1915 que nous la retrouvons avec les Mystères de New York de Pierre Decourcelle ; adaptation à l’écrit de trois serials ou films à épisodes Américains consécutifs. Aux Etats-Unis, les épisodes de la série étaient racontés en feuilleton par Arthur B. Reeve dans le journal quotidien Chicago Herald et montrés au cinéma chaque Samedi. 

 

Lorsqu’en France l’on se basait sur le scénario et les intertitres des films muets, aux Etats-Unis, ce n’était que le scénario qui soutenait l’écriture des Novélisations.


D’ailleurs, des films muets historiques furent adaptés à l’écrit, tel que Les Vampires de Louis Feuillade, par Georges Meirs. Sept ouvrages parurent aux éditions Talandier et l’on peut toujours en retrouver quelques-uns en vente sur internet, pour les plus curieux.


A cette époque, force est de constater que les romans-feuilletons n’élevaient pas autant de surprises et d’interrogations. Bien au contraire, cela permettait simplement de faire vivre les personnages autrement qu’à travers de la musique, des gestes et des intertitres.


Si nous fouillons encore plus les archives, nous tombons sur un nouveau nom pour nos chères Novélisations : Les Ciné-Romans ou Films Racontés.


C’est en 1923 que le film La Roue d’Abel Gance est adapté à l’écrit par Riciotto Canudo, un écrivain Italien.  Sans faire face à aucune critique, Canudo eut sans doute un pressentiment. Se rendant compte de l’importance pour beaucoup de la Novélisation, il eut à cœur de la défendre. Dans une lettre adressée à ses lecteurs, il fut le premier écrivain de l’histoire à exprimer son souhait de réécrire un film :


« Il peut paraître étrange qu’un écrivain, qui s’en défendit toujours, mette ici sa pensée au service d’autrui […] Mais on peut admettre un travail en commun et en sentir la joie la plus intime, lorsque la vision de l’œuvre d’un autre répond à nos propres penchants esthétiques. C’est mon cas à propos de La Roue d’Abel Gance. La vision du film répond à la nécessité esthétique la plus moderne, qui pousse quelques artistes et quelques écrivains à représenter les remous de la psychologie des foules. […] Ce livre est de la sorte moins l’adaptation, ou le récit du film, que sa synthèse psychologique, exprimée par l’organe plus souple de la parole »


Véritable credo, il faut le garder en tête. Depuis plus de cent ans, la Novélisation est un travail de fan pour les fans et Canudo en exprimait sa plus grande joie déjà à l’époque. L’art est fait de partage et puisque l’auteur original est d’accord, ces écrits sont une extension de son travail.


Sans connaître d’ouragans ni de naufrages, c’est sous la bonne étoile des écrits de cet artiste Italien que tout suit son cours :


En 1933, le premier film parlant à avoir été Novélisé voit le jour : King Kong. Vous devez vous en douter, l’arrivée de la parole sur grand écran fut un véritable typhon. Un grand nombre d’habitudes furent bousculées en tout lieu ; autant dans la manière de réaliser que de jouer. Beaucoup d’acteurs connurent des déclins tragiques tandis que d’autres purent démontrer l’entièreté de leur talent.


En ce qui concerne notre chère Novélisation, ce ne fut pas cet ajout à l’équation qui la fit ployer. Bien au contraire. S’accrochant toujours à la barre, elle affronta les vagues vaillamment. Les écrivains, s’appuyant toujours sur le scénario, n’hésitèrent pas à rendre leurs écrits plus profonds en y ajoutant les pensées et les peurs du personnage.


Plus le cinéma grandissait, plus la Novélisation se renforçait.


Regardons alors les archives datant de trente ans plus tard : Les années 70.


En ces temps, les remous ne sont pas nombreux. Les Novélisations sont très appréciées et s’ouvrent à un public extrêmement large. Bien avant l’apparition d’Internet et du streaming, ces écrits étaient le seul moyen de revivre le film après l’avoir vu en salle. Bien souvent, il fallait attendre des mois pour qu’un long métrage apprécié sur grand écran arrive dans notre télévision. De ce fait, pouvoir l’acheter en librairie sous un autre format offrait des possibilités toutes nouvelles.


Star-Wars : from The Adventure of Luke Skywalker a été publiée sous le nom de Georges Lucas mais le script fut Novélisé par Alan Dean Foster, un grand écrivain de science-fiction et scénariste Américain. Cette Novélisation de La Guerre des Étoiles a été publiée le 12 Novembre 1976 par Ballantine Books près d'un an avant la sortie du long métrage.


Ne constatez-vous pas quelque chose ?  Il semblerait qu’aucune règle précise n’existe concernant les publications des Novélisations et ce, depuis bien longtemps. Déjà en 1915 avec Les Mystère de New York, en France, sa publication était après la sortie des épisodes mais, aux Etats-Unis, avant.


Là encore, il s’agit d’un accord avec la Production et l’écrivain qui se chargera de l’œuvre écrite. Il semblerait qu’il y ait toujours une recherche de juste milieu pour que la sortie convienne à toute l’équipe. D’autre part, une Novélisation sortant avant le film permet d’en faire une publicité indirecte mais cela peut engendrer d’autres soucis comme avec les secrets de production.


Alan Dean Foster fut également choisi pour se charger de la Novélisation du premier Alien (1979). Malheureusement, l’équipe de Production ne désirait pas lui dévoiler à quoi ressemblait le Xénomorphe pour peur de trop en dire. Monsieur Foster dut donc faire avec en espérant ne pas trop jurer avec ce qui apparaîtrait à l’écran.


Depuis toujours, la Novélisation est un véritable accord tacite entre l’auteur et la production. Pas question d’en faire plus si ce n’est pas demandé.


« Si le propriétaire d’une maison vous dit de peindre les murs en orange fluo, vous les peindrez en orange fluo et puis c’est tout. »


C’est ainsi que s’exprimait Alan Dean Foster sur le sujet.


Néanmoins, cela n’empêche pas de toucher le spectateur du film. Avec une volonté artistique assez forte, il est possible d’aller au-delà des embûches que laisse la production. Aussi, c’est sans étonnement que les Novélisations de Star Wars, Alien et aussi de Star Trek se sont vendues en millions d’exemplaires.

 
Mais alors, pourquoi diable dire que la Novélisation est quasi un tabou ? Y a-t-il de réels problèmes avec ? De lignes en lignes, le positif resurgit, nous gardons le cap et les perturbations semblent loin, bien loin. Les fans ne demandent qu’à mieux connaître les personnages, sous une nouvelle forme d’art.


Alors pourquoi nous faisons-nous discrets ? Qui serait capable d’attaquer notre navire ? À quoi ressemble notre triangle des Bermudes ?


Loin de s’apparenter à trois îles avec un étrange champ magnétique, il se fait plus sinueux et silencieux.


Dans les années 70, il n’existait pas encore mais, de nos jours, il fait partie de nos vies.


Internet.


Voilà la fatalité dont nous devons nous méfier.


« Dans quelle mesure la Novélisation peut-elle relever de l’adaptation ? Peut-elle s’écarter du cadre d’une entreprise pour être autre chose qu’un produit de consommation ? Peut-elle relever de l’art ? »


Tant d’interrogations pareilles dénichées sur tant de sites différents avec trop peu qui ne prennent exemple sur le passé. L’on n’y aperçoit que d’immenses questions à rallonge capables de donner un mal de tête au plus aguerris. Plus les recherches se font vives, plus il n’est sujet que de conférences intellectuelles visant à analyser en profondeur la Novélisation mais toujours…sans exemples concrets, sans aucune sincérité.


La lettre ouverte de Canudo, l’ancienneté de la Novélisation… tout cela n’existe plus ou n’est qu’un mythe face à ces personnes contre le mouvement. À force de se faire si fermé, de ne pas tenter d’être curieux et sincère, on se perd dans des facéties bien malheureuses.


Cette tempête s’ancre tristement sur énormément de navires et il est bien difficile de démêler le vrai du faux. Sans doute qu’après ces nombreuses lignes, les avis s’élèveront dans le bon sens car il faut relever la Novélisation.


Évidemment que la Novélisation est une adaptation, une autre manière d’appréhender le film. Loin d’être un produit de consommation, les auteurs l’écrivent avec le cœur car ils désirent faire ressortir par l’écrit ce que l’on ne voit pas à l’écran. Encore et toujours, ils suivent inconsciemment le credo de Canudo et sont, avant tout, des fans s’adressant aux fans. De plus, il faut savoir que les auteurs de Novélisation sont déjà des écrivains reconnus que ce soit en tant que romanciers ou scénaristes. Ils ne sont pas payés des milles et des cent pour l’écriture d’une Novélisation et, parfois, leur temps de création est bien minime : Max Collins dû écrire la Novélisation de In The Line of Fire en seulement neuf jours. Il faut avoir les capacités d’écrire vite, bien et de savoir toucher le cœur des fans.


La Novélisation est loin d’être un simple produit. Le souci est que, bien souvent, des personnes jugent l’intérêt d’une chose sans la connaître.


Les idées préconçues sont un terrible fléau mais, s’il on passe à travers elles sans craintes et que l’on se protège des fausses accusations d’Internet, la tempête passe. 


On n’échoue pas.


Éclairés par le soleil, nous naviguons sans peine afin d’apprendre toujours plus sur le sincère travail qu’est d’écrire une Novélisation : 


Tel que vous le savez, les écrivains ajoutent des sentiments aux personnages, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils voient. Le jeu d’acteur est remplacé par la plume. Il faut savoir ajouter des dimensions au scénario sans en détruire l’originalité et le but. De ce fait, une Novélisation n’est jamais exactement semblable au film ; ce qui la rend d'autant plus unique. Parfois, elle se rapproche même de la director’s cut : version du montage du film approuvée par le réalisateur.


Dans un cadre normal, le Producteur a le Final Cut, c'est à dire qu'il choisit ce qui peut ou ne peut pas figurer dans la version finale du montage. La dite director’s cut sort par la suite, dans les DVD ou, parfois, des années après la sortie du film. Avec elle s'accompagne tout un lot de scènes coupées ou raccourcies ; scènes alors déjà présentes dans la Novélisation qui accompagnait la sortie originale du film.


La Novélisation est donc, dans ce cas, un moyen pour les fans assidus de ne pas se contenter du film sorti en salle et, comme toujours, de voir au-delà.


De plus, si l’écrivain n’a pas le droit d’ajouter des informations supplémentaires, il faut toujours être plus rusé : Dewey Gram’s, l’auteur de la Novélisation de Gladiator a, par exemple, ajouté entre les lignes énormément d’explications et de références historiques pour peaufiner d'avantage l’histoire.


Maintenant, si vous le souhaitez, nous pouvons toujours voguer jusqu’à l’île la plus proche.

 

Tranquillement, rendez-vous compte à quel point la Novélisation n’est pas que ce qu’elle semble être : en effet, des films déjà adaptés de livres peuvent être Novélisés !  Il n’y a aucune règle contre cela. Christopher Wood en écrivit une sur le film James Bond The Spy Who Loved Me alors que l’histoire originale de 1962 écrite par Ian Flemming était encore en librairie. 


D’autres Novélisations virent même le jour alors que le film n’est jamais sorti en salle au final. C’est le cas pour The Devil’s Alternative de Frederick Forsyth.

 

Par ailleurs, les Novélisations ne tournent pas qu’autour des films même si l’évolution du genre nous laisserait le penser. Mel Giden est l’auteur d’une Novélisation sur la série Berverly Hills 90210, s’appuyant sur trois épisodes pour un livre. Lee Falk, quant à lui, en écrivit une sur le comic The Phantom datant des années 70. Matt Forbeck, s’immisça dans l’univers des jeux vidéo en étendant, par écrit, l'univers de la saga vidéo ludique Halo.


Nonobstant, il faut avouer que les Novélisations qui se vendent le mieux aujourd’hui sont bien plus tournées vers les Films de Fantasy, Action et Science-Fiction.


En 2014, la Novélisation du remake de Godzilla est entrée dans le New York Times Bestseller. Encore une fois, sur internet, beaucoup s’interrogeaient sur ces livres. Tel l’inconnu qui effraie, l’on se demanda si cette Novélisation méritait sa place sur le podium. 


D’autre part, on ne peut le nier : que l’on apprécie ou pas la Novélisation, celle-ci fait de la publicité pour le film et inversement. Cette Marketing Chain – comme on la nomme – fait partie intégrante de la survie d’une œuvre.  D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’il y a le mot Marketing que la Novélisation perd de sa superbe, bien au contraire. D’années en années, elle se vend comme des petits pains et les fans la cajolent.


« C’est un autre élément de l’expérience cinématographique que vivent les fans. »


Remarquait Katy Wild, directrice éditoriale de Titan Publishing Group qui publie des Novélisations comme celles sur le remake de La Planète des singes et Interstellar.

 

Nous voilà donc arrivés à bon port. Pour vous, la Novélisation n’est maintenant plus un secret et la dangereuse tempête, un lointain souvenir. 


Au cours de ces nombreuses recherches, il fut déroutant de voir à quel point ces ouvrages étaient incompris comme adulés. Qu’on le veuille ou non, ils existent depuis plus d’un siècle et perdurent sans grand mal, ignorant les naufrages. Il est certain qu’au travers de leurs lignes, on ne ressentira pas le même frisson que face à l’écran mais les sensations sont différentes.


C’est cela aussi, l’art, être touché de milles façons.  Alors, surtout, soyez curieux et ne vous arrêtez pas à des idées reçues au cœur de la tornade. Voyez au-delà, et pensez à votre film préféré.
Sans doute que, lui aussi, a été novélisé. 
 

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