Anthologie Monstresse(s) : Interview de Népenth S.

A partir d'aujourd'hui, vous découvrirez chaque jour (ou presque) l'interview d'un.e auteurice de notre toute dernière anthologie, Monstresse(s). Pour ajouter une touche de surprise et d'imprévisibilité, les interviews ne paraîtront pas dans l'ordre des nouvelles dans le recueil... Notre autaire Népenth S. ouvre le bal !


Népenth S., pouvez-vous nous en dire plus sur vous et sur vos oeuvres ?


Je m’appelle Népenth S. et suis nouvelliste dans le domaine de l’Imaginaire. Ma spécialité est le fantastique-horreur, mais je ne boude pas les autres genres. Mes thèmes de prédilection sont le bizarre, le macabre, le vécu de la différence, l’étrangeté psychique ; bref, dès que ça parle de folie ou de monstres, me voilà ! De plus, appartenant moi-même aux minorités LGBT+, je tiens à donner à travers mes écrits une visibilité à cette communauté et des personnages auxquels ses membres pourront s’identifier.

Après avoir écrit des fanfictions pendant ma scolarité, j’ai eu envie de partager mes propres récits. Mes textes sont publiés depuis 2017 dans des anthologies collectives dans diverses maisons d’édition, et mon premier recueil de nouvelles personnel, intitulé Dolls, a été édité en septembre 2021 chez Noir d’Absinthe.





Vous pouvez trouver ma bibliographie sur mon blog, le Chat séraphique, que je partage avec deux autres autaires : Simon Lecomte et Leonor Baumann.

Voici le lien : https://lechatseraphique.wordpress.com/bibliographie/

Certains des textes, comme « Je me déteste » (Realm éditions) ou « Tout seul » (les Loutres anarchistes), sont disponibles en intégralité sur Internet.


Dans la nouvelle que vous aviez écrite pour l’anthologie La Folie et l’Absinthe, le personnage principal avait une absinthe qui lui poussait dans le corps. Dans « Les Griffes en Dehors », Amandine possède des griffes qu’elle ne maîtrise pas, qui semblent avoir leur volonté propre. Ce motif similaire entre vos deux nouvelles vient-il d’une même source d’inspiration, ou au contraire, de sources différentes ?


Voilà une question difficile, notamment parce qu’elle touche à des choses très personnelles qui transparaissent dans mes écrits et que je ne maîtrise pas forcément. Je vais essayer d’y répondre du mieux que je peux, mais ne vous attendez pas à avoir toutes les clefs.

Bien que ces nouvelles abordent des sujets très différents, je pense qu’elles parlent toutes deux du rapport au corps, surtout lorsque ce corps donne l’impression de ne plus nous appartenir. Dans « Manuel d’anthropologie botanique », la narratrice (qui n’a pas de prénom, première marque d’aliénation) se voit dépossédée de son corps, d’abord par l’absinthe qui la parasite, puis par les différents personnages qu’elle croise tout au long de l’histoire. Le médecin qu’elle va consulter ne prête aucune attention à ses questionnements. V., un de ses camarades de promotion, utilise la narratrice pour produire de l’alcool et finit par la déifier, l’éloignant de plus en plus de son statut d’être humain. Au final, le tribunal la prive de ses droits concernant les décisions qu’elle prend pour elle-même et sa plante. Tous ces gens décident à sa place de ce qu’il faut faire de son corps, et la narratrice n’a jamais son mot à dire. Je voulais retranscrire cette terrifiante expérience de ne plus s’appartenir et imaginer ce que l’on pourrait faire dans une telle situation.

Dans « Les Griffes en Dehors », Amandine est a priori elle aussi confrontée à un parasite, sorte de symbiote qui lui fait pousser des griffes in