Anthologie Monstresse(s) : Interview de Xavier Lhomme

Présentation


Né en 1964, j’ai travaillé une vingtaine d’année dans l’industrie militaire et spatiale puis, à partir de 2009, dans l’insertion sociale. Grand lecteur, j’ai toujours rêvé d’écrire mais j’étais écrasé par le talent de mes écrivains favoris. Il a fallu que je parte loin et que je dépasse les cinquante ans pour enfin libérer l’auteur que je tenais captif depuis si longtemps.

En 2018, je me suis mis à écrire, beaucoup. En 2021, j’ai aujourd’hui dans mes tiroirs plus de quatre-vingt-dix nouvelles, dont une vingtaine ont été publiées. Je commence ces jours-ci un troisième roman, entre polar et fantastique. Le premier, une histoire de science-fiction, n’est pas publiable en l’état. Le second, mêlant space-opera et voyages dans le temps, est en « bêta-lecture ».

Participant à de nombreux concours et appels à textes, j’aborde tous les genres. Mes thèmes récurrents sont l’écologie (ou la stupidité collective de la race humaine), la maladie mentale (ou les névroses et psychoses que nous développons dans ce monde absurde). Mes points forts sont l’imagination et le recyclage des idées (les miennes et celles des autres). Mes points faibles sont l’érotisme et la concordance des temps (mais je m’améliore, je m’améliore).





Dans votre nouvelle, vous abordez le thème de la grossesse, mais aussi des violences subies et d’un rapport au corps marqué par une volonté de contrôle absolu. Qu’est-ce qui vous a inspiré ces thématiques ?


La croissance, la puberté, les grossesses sont des périodes magiques, effrayantes, riches de sensations. Avançant en âge, je suis moi-même concerné par les changements corporels.

En tant que mâle, la jouissance féminine, les menstruations, l’enfantement, l’allaitement me sont interdits autrement que par procuration. Ou par l’imagination : l’écriture est une façon formidable de pénétrer complètement le corps féminin. Je m’y essaie régulièrement : un tiers de mes histoires sont écrites au féminin, ont une héroïne ou traitent d’une problématique liée au fait d’être femme.

La volonté de contrôle absolu, la violence détachée de tout affect, les blessures narcissiques profondes, je les fréquente au quotidien. Dans mon métier de Conseiller pénitentiaire, je travaille avec des personnes qui ont tué, violé et qui elles-mêmes ont bien souvent été meurtries et abusées. En déficit d’estime de soi, elles essaient désespérément – et souvent inconsciemment – de maîtriser l’image qu’elles se font d’elles-mêmes. En racontant une autre histoire. C’est parfois glaçant, parfois touchant, toujours très riche.

Je ne raconte pas directement les parcours de ces personnes – ils ne m’appartiennent pas – mais j’en suis imprégné et cela nourrit mon écriture. Et mon cynisme ? Peut-être.


On ressent, entre les lignes, une profonde souffrance chez le personnage principal de la nouvelle. Cette souffrance débouche sur une chute… monstrueuse, que l’on pressent mais n’en est pas moins terrible lorsqu’elle se voit confirmée. Qu’est-ce qui aurait pu être mis en œuvre pour que le personnage principal n’en arrive pas là ?


Tout le monde ne souffre pas de la même façon et les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Tous les violeurs n’ont pas été violés, tous ceux qui ont été violés ne deviennent pas violeurs. En dehors des fragilités et des forces de chacun, la société a un rôle important à jouer dans la détection et l’accompagnement de la souffrance.