Entretien avec Népenth S.

Simon LECOMTE, auteur de la pièce de théâtre Laïos Roi (éd. Ex-Aequo), se métamorphose en journaliste le temps d’une rencontre avec Népenth S. autour de son recueil de nouvelles Dolls.

Népenth S., nouvelliste dont la spécialité est le fantastique-horreur, a vu sa première nouvelle, « Dame M. », paraître en 2017 dans l’anthologie Tombé les voiles (éd. Le Grimoire). D’autres de ses textes figurent au sommaire d’anthologies collectives dans diverses maisons d’édition : Démons japonais et Belle Epoque aux éditions Luciférines, Nutty Mars aux éditions Nutty Sheep ou encore Malpertuis X aux éditions Malpertuis. Son premier recueil personnel, Dolls, déjà disponible en précommande sur le site des éditions Noir d’Absinthe, sortira officiellement le 30 septembre 2021, avec une pré-sortie lors des Aventuriales de Ménétrol.


Simon LECOMTE. Tes premiers textes ont été publiés sous ton vrai nom. Pour quelles raisons as-tu choisi d’écrire désormais sous le pseudonyme de Népenth S. ?


NÉPENTH S. Je souhaitais écrire sous pseudonyme depuis le début ; malheureusement, je ne savais pas quel nom choisir. Faute de mieux, j’ai gardé mon vrai nom, mais la question du pseudo est très vite revenue en jeu. D’abord pour séparer mon travail de nouvelliste de mes autres activités ou de ma vie privée, mais surtout pour avoir un nom plus neutre (j’explique cela plus en détail dans l’article « Pourquoi j’ai pris un nom de plume », publié sur mon blog, Le Chat séraphique).

Voici le lien : https://lechatseraphique.wordpress.com/2020/11/05/pourquoi-jai-pris-un-nom-de-plume/

Le choix d’un nom de plume n’est pas anodin, et je voulais quelque chose qui reflète mon univers et ma personnalité, ce qui explique pourquoi j’ai mis autant de temps à le trouver. J’ai un goût prononcé pour la mode décadente, et le mot « népenthès » faisait partie d’un vocabulaire que les auteur.ice.s fin-de-siècle affectionnaient. De plus, la plante carnivore appelée « népenthès » était très appréciée au XIXe siècle. Et comme j’adore les plantes carnivores…




Photographie de népenthès (pixabay.com)


Toutefois, le népenthès est aussi, mais surtout un remède à la tristesse rendu célèbre par le poète Homère. Du grec penthos (« tristesse due au deuil ») précédé de la particule négative -, il s’agit d’une décoction à base de pavot qu’Hélène de Troie fait boire à Télémaque pour lui faire oublier le chagrin dû à la perte de son père. Selon Plutarque, cet épisode symbolise le pouvoir apaisant du mythe raconté au moment opportun. Et c’est comme cela que je conçois mes histoires : mes personnages partagent mes doutes, mes peurs, mes angoisses, et raconter leur vie agit sur moi comme une consolation, une manière de mettre à distance le négatif ; et si mes nouvelles sont des remèdes pour moi, j’espère qu’en les diffusant, elles deviendront des remèdes pour d’autres personnes.


Simon LECOMTE. Tu explores en effet plusieurs thèmes durs et angoissants dans tes nouvelles : les relations toxiques dans « Doll », les familles dysfonctionnelles dans « Séraphin » et « Portrait d’un ange en chute libre », la folie dans « La Recluse ». Comment en viens-tu à écrire sur ces sujets-là ?


NÉPENTH S. Ces sujets me parlent plus que d’autres, voilà tout. Je me sens souvent en décalage avec les autres, la vie me semble très absurde et, de ce fait, angoissante. J’aime mettre le doigt sur ce qui dérange, explorer les paradoxes de notre monde, montrer un point de vue différent, qui fera peut-être écho chez d’autres personnes ou permettra aux gens qui ne pensent pas comme moi de voir les choses sous un nouvel angle.