Entretien avec Pierre Efratas

L’auteur, son écriture, ses intentions, son nouveau livre



Volia Crevot : Pierre Efratas, qu’est-ce qui vous a amené à écrire ?


Pierre Efratas : Je dirais plutôt « qui est-ce qui m’a amené à écrire ? ». Réponse : JRR Tolkien. En 1980, j’ai découvert le dessin animé de Ralph Bakshi (assez mal foutu) sur "Le Seigneur des Anneaux". A partir de cet instant j’ai su que je devais absolument écrire des histoires de ce genre. Et puis, petit à petit, j’ai fait mon écolage. Quelques années plus tard, j’ai commencé à écrire des nouvelles. De fil en aiguille, j’ai avancé vers les romans.


Cette période m’a appris trois choses. D’abord à garder la maîtrise du style qui me paraît manquer dans nombre de livres d’aujourd’hui. Le style représente l’esprit même de l’artiste, il exprime les sentiments, les sensations qu'il souhaite transmettre. La deuxième chose importante consiste à travailler sur les sources, à prêter une grande attention à la logique interne d’un récit ou d’un langage. La troisième chose - du moins pour ce qui me concerne - représente un retour vers le romantisme du XIXe siècle qui me plaît beaucoup - du romantisme littéraire, s’entend.


VC : Mais alors : les Vikings ? D’où vous vient cette passion, ou du moins votre grand intérêt ? Parce que Vikings et romantisme littéraire sont assez éloignés.


PE : J’avais écrit beaucoup de choses qui relevaient de la pure fantasy, avec des inventions de mondes. Et puis je me suis intéressé aux civilisations dites « barbares » : celtique et nordique en particulier. Ce que j’ignorais complètement et qui m’a énormément frappé, c’étaient la beauté et la maîtrise des textes scaldiques. J’en ai ressenti quelque chose de très profond et j’ai compris que j’étais prêt à écrire ce genre de récits. Je voulais rendre justice à cette époque en ne la confinant pas dans ce caravansérail d’idées reçues qui courent partout et que l’on observe trop encore : des flots de sang, des brutes épaisses, des gens qui n’ont pas de vocabulaire, des gens dont on se demande comment ils vivent au quotidien, comment ils se lavent, comment ils s’organisent, quelle est leur vision de l’existence, leur organisation sociale, leur éthique comment ils rendent la justice et même comment ils votent puisque les anciens Scandinaves votaient pour élire leurs chefs et les démettre. J’ai été happé par un monde qui m’a fasciné d’un bout à l’autre. Et puis, j’ai fait la rencontre de deux personnes…


VC : Et qui sont-elles ?


PE : D’abord, le Professeur Jean Renaud qui avait accepté de corriger mon premier livre sur Rollon. Sans vouloir me vanter ou me la jouer (mais si, quand même un peu !) j’ai été le premier à écrire un roman sur Rollon, sur toute l’aventure semi-légendaire semi-historique de ce personnage qui a fondé la Normandie. Et puis après Jean Renaud, j’ai découvert les œuvres de Régis Boyer, grand spécialiste de cette époque, que j’ai eu le bonheur de rencontrer.


VC : Pour en revenir à votre ouvrage qui vient de sortir, vous cassez justement cette image du « cliché Viking ». Pourquoi avez-vous fait ce choix et celui d'une conteuse ?


PE : Quelle que soit l’époque qu’ils traitent, mes livres sont écrits pour être dits, lus ou joués. C’est mon style, ma manière de raconter des histoires, en établissant un lien complice avec mon public. J’aime beaucoup me confronter à lui. Il m’oblige à rester bien fixé sur le récit, à ne pas perdre le fil et sa tension, comme les conteurs de jadis.


Les anciens textes étaient racontés par les bardes ou les scaldes, et plus tard, les trouvères et les troubadours. Leurs textes étaient souvent scandés, chantés, psalmodiés, modulés, accompagnés de « bruitages » (par exemple avec les mains, les pieds ou un instrument de musique). Les textes que j’écris fonctionnent de la même manière. En travaillant de la sorte, j’avance sur un fil très étroit, comme un équilibriste, afin de ne pas devenir ennuyeux ou prévisible.


VC : Avez-vous d’autres techniques et "secrets de cuisine" dans les coulisses de vos Sagas des Mers Grises ?


PE : J'avoue tout, alors ! Les scaldes avaient recours à toutes sortes de métriques, de poésies très élaborées. Ils ont beaucoup travaillé sur des synonymes et des métaphores, parfois compliquées. Ce qui différencie mes textes de cette époque-là, c’e