LA FANFICTION : UNE AGRÉABLE ÉVASION ?

Peu importe où nous sommes et ce à quoi nous aspirons, le monde qui nous entoure est le même. Nos prunelles si distinctes les unes des autres ont beau nuancer la réalité ; celle-ci demeure semblable à bien des égards.

Il en est de même lorsque nous faisons face à une œuvre définie par un auteur précis. Cette personne, au regard original, fera part de ses fantasmes sous plusieurs règles fixées par ses principes. Sans crier gare, l’on se retrouve happé par un nouvel univers qui ne vient pas de nous.

Jamais ces règles, ces possibilités et ces personnages n’auraient vu le jour dans notre esprit.

Film, livre, manga ou bien jeux vidéo ; le monde y trouve son compte. Nos milliards de regards semblables et néanmoins différents sont invités dans un somptueux voyage. Les auteur.e.s nous tendent la main, tel des parents protecteurs.

Toujours tendrement accompagnés, nous nous plongeons dans l’œuvre ; l’embrassons. Les personnages s’y trouvant deviennent nos amis, nos ennemis. Que l’on soit spectateur, lecteur ou bien joueur nous sommes épris d’une bien puissante manière.

C’est aussi vite que la danse débute ; le ballet de l’admiration s’évertue.

L’auteur a beau ne pas nous connaître personnellement, le choix est fait : Pour le meilleur et pour le pire l’on sera lié à son monde et ce, jusqu’à ce qu’on le souhaite.

Nous et ce nouvel Eldorado de merveilles dansons, tournoyons. Les personnages et les règles de l’endroit accompagnent nos vies tandis que nous vaquons à nos occupations et obligations. Le soir, en rentrant du travail, de l’école ou bien d’un simple restaurant il est bon de rêver et de s’imaginer au cœur de cette possibilité parallèle.

L’amour envers l’œuvre est indescriptible, arrogant et doux à la fois.

C’est cela ; être fan.


(Crédit : Bill McConkey)

Tout débute par une rencontre incongrue grâce à l’imagination d’un ou de plusieurs auteur.e.s puis c’est une symphonie qui en sort. La danse ne suffit pas, l’orchestre suit. Ces fictions nous aident à grandir, nous déçoivent et nous rendent heureux. Sans ces touches d’imaginaires, notre monde serait bien morne. Être fan, c’est un respect ; une aventure journalière que l’on décide de mener.

On est fan de cette fiction au point où notre amour devient une prison.

Les barreaux sont dorés, nous y sommes confortables. A l’intérieur, notre imagination commence à déborder : « Que se passerait-il s’il fait ça ? Et elle alors ? » « Et si une guerre débutait ? » « Et si celui-là mourrait ? »

Sans oublier le : « Et si tout se passait autrement ? »

L’auteur.e est notre parent mais maintenant, il est temps de prendre son indépendance avec l’œuvre aimée. Les décisions prises ou en attente nous conviennent tandis que d’autres amoureux invétérés ne les apprécient guère. Au cœur de cette douce prison que nous nommerons Fandom, l’imagination déborde. Tous, entre ces barreaux luisants, ont la possibilité d’être les auteurs de leur propre monde mais l’amour est encore trop fort.

C’est avec plein d’hardiesse que les désirs se font véritables. Les clés de nombreuses cellules du Fandom sont volées par la personne la plus téméraire. Suivant cette délivrance, tous courent avec ce dont ils nécessitent de l’œuvre. Certains s’emparent juste des personnages principaux, d’autres seulement des règles de l’univers ou bien des deux. Dans cet élan de fougue, la danse est stupéfiante : on invente un après, un avant et bien d’autres possibilités encore.

De cette adoration naît un mouvement : La Fanfiction

Sans l’accord de l’auteur d’origine, le canon de l’histoire est donc modifié. Ce terme désigne toute œuvre considérée comme authentique et officielle : Tout élément qui présente une contradiction avec l’univers tel qu’il a été créé est considéré comme non-canon, sauf si l’auteur le reconnait.

Bien évidemment, le maître du monde que nous admirons tellement n’est pas au courant de notre évasion. Ce qui est créé dans l’ombre par des milliers de fans se dissimule de l’officiel et ne peut être reconnu comme tel.

Ce monde auquel nous sommes liés ne nous appartient pas et, en tant qu’évadés de la prison Fandom, nous violons des lois en écrivant des Fanfictions :

Copier, diffuser, faire des arrangements d’une œuvre, même protégée, et à titre gratuit constitue une violation des droits d’auteur. De plus, dans l’Union Européenne la durée de protection d’une œuvre est de soixante-dix ans post mortem. Nonobstant, le monde change et un fan ne pourra jamais espérer que sa future progéniture s’empare des droits d’auteur pour que sa Fanfiction ne soit plus une œuvre non-officielle d’évadé : Aujourd’hui, énormément de livres, de jeux vidéo, de mangas sont adaptés au gr