Interview de Sarah Buschmann, romancière chez Noir d'Absinthe

Bonjour Sarah. Je te remercie de nous accorder cette interview !


Peux-tu tout d’abord nous parler un peu de toi ?


Je suis psychologue et je travaille à Nancy depuis un peu plus d’un mois, à mi-temps dans un hôpital psychiatrique en unité fermée et à mi-temps dans la prévention de la psychose, avec des jeunes. J’adore le thé vert, le chocolat et faire des rêves étranges. À une époque, je lisais énormément, mais Netflix s’est installé un peu trop confortablement dans mon salon et a pris une place encombrante dans ma vie. Je raffole des séries, du cinéma (et des romans, mais cela va sans dire), surtout dans des variations de noir. Plus c’est sombre, plus c’est bon. Les voyages sont aussi une partie importante de ma vie, bien que trop réduite à mon goût.


Tu aimes beaucoup la littérature noire, voire trash. Qu’est-ce qui te plaît dans ce genre littéraire peu commun ?


Il y a deux manières d’aborder le sujet : mon rapport à ce genre en tant que lectrice et celui en tant qu’autrice, qui n’est pas le même.


Toute d’abord, pourquoi est-ce que j’aime lire des romans sombres, dérangeants, voire carrément trash ? C’est une question difficile à décortiquer. Pourquoi est-ce que j’adore le chocolat ? Parce que c’est excellent, me diras-tu. Mauvais exemple. Néanmoins, un goût reste difficile à expliquer. Je vais quand même m’y essayer.


Avant tout, ce que j’aime dans un livre, c'est éprouver des émotions. J’aime sangloter à ne plus pouvoir en distinguer les mots, être énervée à vouloir jeter le livre par la fenêtre (je garantis qu’aucun livre n’a été maltraité durant cette interview), être angoissée à ne plus pouvoir me promener seule dans mon appartement. Les livres noirs me touchent : ils me révoltent, me révulsent, me bouleversent, car ils abordent les aspects les plus obscurs de l’humain. La cruauté, l’injustice, l’horreur. Karine Giebel est pour moi la reine dans ce domaine. Dans ses livres, toutes sortes d’émotions contradictoires s’entremêlent avec une intensité terrible. Et pour atteindre un tel résultat, le plus important réside dans le développement des personnages. Ce genre permet de réellement craindre pour leur vie, car tout est permis. Les héros peuvent mourir. Ça, c'est une leçon durement apprise avec le très regretté Jack Ketchum.


Et le trash ? À vrai dire, j’ai mis du temps à m’y intéresser. J’ai plongé petit à petit dans l’horreur humaine, démarrant par la lecture du Silence des agneaux en cachette derrière le fauteuil du salon, encore enfant, pour en arriver à la maison d’édition TRASH, décédée prématurément d’une mort sanglante. C’est réellement cette dernière qui m’a ouverte à ce genre, m’amenant à découvrir une collection aux thématiques variées, abordant l’horreur avec poésie, comme dans Bloodfist, avec humour ou au contraire, avec un sérieux glaçant. Si on a le cœur accroché, il y en a pour tous les goûts. Toutefois, mes lectures habituelles sont tout de même un peu moins extrêmes.


J’ai déjà fait beaucoup trop long et je m’excuse pour ce pavé abominable. Je vais quand même rapidement (promis, juré, craché) aborder la question de pourquoi j’aime écrire du trash. Et j’avoue aimer en écrire encore plus qu’en lire.


Parce que je suis une créature abominable qui aime plonger les nourrissons dans la cire chaude de bougies violettes ?




Exact. Mais pas exhaustif.


La violence, c’est quelque chose qui me laisse perplexe. Je ne la comprends pas. Pire, elle m’effraie. Ecrire la violence, c’est lui donner du sens. La placer dans une histoire, dans un contexte, dans le tracé de vie d’un personnage ou plusieurs permet de lui octroyer une forme, une odeur, un goût. Elle n’est plus une menace impalpable suspendue au-dessus de nos têtes.


Ecrire la violence, c’est la contrôler.


J’aime explorer avec mes personnages la violence qui bourgeonne et éclot en eux. Alors, d’une certaine manière, j’arrive à appréhender celle qui se dissimule en moi comme en tout être humain. Et j’ai l’impression qu’elle n’est pas totalement absurde.


Comment en es-tu venue à écrire ?


J'avais sept ans. J’ai pris une feuille de papier que j’ai pliée en deux, j’ai saisi un gros feutre rose et j’ai écrit une histoire nommée « le cheval et le bébé crocodile ». Ainsi débuta ma carrière d’écrivain.[if gte vml 1]><o:wrapblock><v:shapetype id="_x0000_t75" coordsize="21600,21600" o:spt="75" o:preferrelative="t" path="m@4@5l@4@11@9@11@9@5xe" filled="f" stroked="f"> <v:stroke joinstyle="miter"></v:stroke> <v:formulas> <v:f eqn="if lineDrawn pixelLineWidth 0"></v:f> <v:f eqn="sum @0 1 0"></v:f> <v:f eqn="sum 0 0 @1"></v:f> <v:f eqn="prod @2 1 2"></v:f> <v:f eqn="prod @3 21600 pixelWidth"></v:f> <v:f eqn="prod @3 21600 pixelHeight"></v:f> <v:f eqn="sum @0 0 1"></v:f> <v:f eqn="prod @6 1 2"></v:f> <v:f eqn="prod @7 21600 pixelWidth"></v:f> <v:f eqn="sum @8 21600 0"></v:f> <v:f eqn="prod @7 21600 pixelHeight"></v:f> <v:f eqn="sum @10 21600 0"></v:f> </v:formulas> <v:path o:extrusionok="f" gradientshapeok="t" o:connecttype="rect"></v:path> <o:lock v:ext="edit" aspectratio="t"></o:lock> </v:shapetype><v:shape id="_x0000_s1028" type="#_x0000_t75" style='position:absolute; margin-left:120.05pt;margin-top:20.45pt;width:209.9pt;height:312.95pt; z-index:251661312;visibility:visible;mso-wrap-style:square; mso-wrap-distance-left:12pt;mso-wrap-distance-top:12pt; mso-wrap-distance-right:12pt;mso-wrap-distance-bottom:12pt; mso-position-horizontal:absolute;mso-position-horizontal-relative:margin; mso-position-vertical:absolute;mso-position-vertical-relative:line' strokeweight="1pt"> <v:stroke miterlimit="4"></v:stroke> <v:imagedata src="file:///C:/Users/Isulk/AppData/Local/Temp/msohtmlclip1/01/clip_image001.jpg" o:title=""></v:imagedata> <w:wrap type="topAndBottom" anchorx="margin" anchory="line"></w:wrap> </v:shape><![endif][if !vml]

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Je n’ai jamais vraiment cessé d’écrire depuis. Toutefois, j’ai réellement commencé à progresser lorsque je me suis lancée dans les nouvelles, grâce au forum « Le Manoir du Fantastique », puis « l’Ecritoire des Ombres ». Avant cela, j’écrivais des fragments d’histoires ou des esquisses de romans inachevés. J’ai terminé mon premier roman en Australie (bien trop perclus d’imperfections pour être dévoilé aux yeux des mortels) et ai entamé « Sorcière de Chair » au cours de mes études de psychologie.


Ton roman, Sorcière de Chair, nous entraîne en Australie, pays assez peu visité en littérature de l’Imaginaire. Pourquoi ce choix ?


J’ai passé un an en Australie, entre 2012 et 2013. Une année riche en aventures, en découvertes, en émotions. Un vrai terreau pour l’imagination.


Est-ce que tu nous parlerais un peu plus de ton séjour là-bas ?


Mon petit-ami et moi-même avons atterri à Adélaïde. Après avoir rejoint Sydney en bus et covoiturage, nous avons acheté une voiture. Puis, nous avons fait le tour du pays, en passant par le désert, Darwin, la côte ouest, la Tasmanie… Nous avons logé dans des familles, dans un ranch, avons travaillé dans une ferme de chameaux, avons aidé à transformer des trains en logements, vendu des chocolats au marché…


Certains lieux que nous avons visités se retrouvent dans le roman, tout comme certaines anecdotes. Par exemple, le passage où Arabella dort à Hyde Park est directement inspiré de notre premier passage à Sydney. En effet, lorsque nous sommes arrivés dans cette ville, nous n’avions réservé que pour 5 jours. Or, un festival était organisé à ce moment-là et plus aucune chambre n’était libre. C’était également la période où les voitures partaient comme des petits pains. Nous étions bloqués. Nous nous sommes donc retrouvés à la rue pour une nuit, que nous avons passée à Hyde Park (sous le regard curieux des opossums vivant dans les arbres). Le lendemain, nous avons enfin dégoté une voiture, qui nous a servie d’hôtel mobile une bonne partie du voyage.[if gte vml 1]><v:shape id="officeArt_x0020_object" o:spid="_x0000_s1027" type="#_x0000_t75" style='position:absolute;left:0; text-align:left;margin-left:-.5pt;margin-top:20.8pt;width:218.35pt;height:163.8pt; z-index:251659264;visibility:visible;mso-wrap-style:square; mso-wrap-distance-left:12pt;mso-wrap-distance-top:12pt; mso-wrap-distance-right:12pt;mso-wrap-distance-bottom:12pt; mso-position-horizontal:absolute;mso-position-horizontal-relative:margin; mso-position-vertical:absolute;mso-position-vertical-relative:line' wrapcoords="0 -7 21600 -7 21600 21587 0 21587 0 -7" strokeweight="1pt"> <v:stroke miterlimit="4"></v:stroke> <v:imagedata src="file:///C:/Users/Isulk/AppData/Local/Temp/msohtmlclip1/01/clip_image003.jpg" o:title=""></v:imagedata> <w:wrap type="through" anchorx="margin" anchory="line"></w:wrap> </v:shape><![endif][if !vml][endif][if gte vml 1]><v:shape id="_x0000_s1026" type="#_x0000_t75" style='position:absolute;left:0; text-align:left;margin-left:232.15pt;margin-top:20.8pt;width:218.35pt; height:163.8pt;z-index:251660288;visibility:visible;mso-wrap-style:square; mso-wrap-distance-left:12pt;mso-wrap-distance-top:12pt; mso-wrap-distance-right:12pt;mso-wrap-distance-bottom:12pt; mso-position-horizontal:absolute;mso-position-horizontal-relative:margin; mso-position-vertical:absolute;mso-position-vertical-relative:line' wrapcoords="-5 -7 21595 -7 21595 21587 -5 21587 -5 -7" strokeweight="1pt"> <v:stroke miterlimit="4"></v:stroke> <v:imagedata src="file:///C:/Users/Isulk/AppData/Local/Temp/msohtmlclip1/01/clip_image005.jpg" o:title=""></v:imagedata> <w:wrap type="through" anchorx="margin" anchory="line"></w:wrap> </v:shape><![endif][if !vml][endif]















Il paraîtrait que Sorcière de Chair ne soit pas le seul roman prévu dans cet univers. Tu nous en dis plus ?


Une « suite » est en cours d’écriture. « Sorcière de Chair » est construit comme un one shot et se suffit à lui-même, mais j’ai eu envie d’explorer et d’exploiter d’autres aspects de l’univers. Et de poursuivre un peu la route avec certains personnages. Cette suite s’appellera « Chair Morte ». Je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler du premier tome.


En-dehors de Chair Morte, as-tu d’autres projets dont tu voudrais nous faire part ?


Mes autres projets sont encore flous, à peine esquissés dans mon esprit. Mais il y en a qui me tient à cœur, que j’aimerais démarrer après « Chair Morte » : une novella d’anticipation qui se déroulerait dans un futur où, pour limiter la surpopulation, seuls quelques couples sont sélectionnés chaque année pour devenir parents. Une femme apprend qu'elle fait partie des finalistes. Néanmoins, elle n’a jamais voulu d’enfants. J’ai envie d’y aborder plusieurs thématiques qui me sont chères, dont la pression sociale à l’enfantement.


Il paraît que tu es psy. Habituellement je demande de répondre au questionnaire de Proust, mais que dirais-tu d’un petit test de Rorschach ? Que vois-tu dans chacune de ces images ?


D’accord, mais je te laisserai le soin de l’interprétation.



[if gte vml 1]><v:shape id="officeArt_x0020_object" o:spid="_x0000_i1025" type="#_x0000_t75" alt="Picture 3" style='width:450.75pt; height:775.5pt;visibility:visible;mso-wrap-style:square'> <v:imagedata src="file:///C:/Users/Isulk/AppData/Local/Temp/msohtmlclip1/01/clip_image007.jpg" o:title="Picture 3"></v:imagedata> </v:shape><![endif][if !vml][endif]

[if !supportLists]1. [endif]Deux anges de la mort siamois.

[if !supportLists]2. [endif] Deux wombats qui se font un top-là sanglant.

[if !supportLists]3. [endif] Deux femmes qui font une soupe dans laquelle elles plongent des poumons.

[if !supportLists]4. [endif] Un dragon dépressif.

[if !supportLists]5. [endif] Dracula.

[if !supportLists]6. [endif] Un dragon dépecé : sa peau a été utilisée pour faire un tapis :(

[if !supportLists]7. [endif] La tête d’une créature issue du seigneur des anneaux : un mélange entre le Balrog et Sauron.

[if !supportLists]8. [endif] Un spationef organique.

[if !supportLists]9. [endif]Un masque de dragon chinois (je ne sais pas ce que signifie le fait de voir des dragons partout, mais ce n’est certainement pas bon signe).

[if !supportLists]10. Une arme futuriste en os qui projette un flot de sang rosâtre sur lequel se précipitent des charognards, dont des espèces de crustacés mutants qui tiennent une feuille dans les mains. Ça n’a pas de sens, mais c’est coloré et joli (voilà mon interprétation très professionnelle de psychologue).


Un dernier mot ?


Éphémère.


C’est un mot que j’aime beaucoup : il a une belle sonorité.

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