Le XIXe français est fantastique !

(Petite rubrique pour rendre à Honoré ce qui est à Alexandre)


Théophile Gautier, Jules Barbey d'Aurevilly, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas père, Paul Féval, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, Charles Nodier, Eugène Sue, Villiers de l’Isle-Adam... ont souvent été strictement cantonnés dans le casier de la littérature classique. Ô oubli, ô injustice ! Ô classifications spécieuses, ô facilités de marketing, ô etc. ! C'est voir leurs œuvres par le petit bout de la lorgnette ou considérer, comme je l'entends parfois susurrer, que leurs œuvres fantastiques seraient barbantes, voire illisibles, et qu'il ne serait de bon bec que de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Cette dernière thèse au bulldozer passerait d'ailleurs par lames et chenilles les auteurs germaniques (Hoffmann, Grimm), d'Europe de l'Est et Scandinaves. Voire à cantonner le sujet dans une querelle d'antériorité où l'Angleterre emporterait la mise - perfide Albion, que je dis.

Aussi, heureuses lectrices et généreux lecteurs, ai-je pris le pari de vous faire partager quelques bonheurs et découvertes du fantastique français du XIXe siècle. Je recevrai aussi dans ces pages des spécialistes de ces auteurs.

Mon objectif machiavélique ? Vous donner envie d’entrer dans les textes de ces magnifiques auteurs et, au fil de vos nouveaux voyages, vous les faire aimer.

Quant à celles et à ceux d’entre vous qui auront déjà trempé leurs imaginations dans cette vive absinthe, n’hésitez pas à m’écrire pour échanger avec moi vos découvertes !

Pour commencer, allons jeter un coup d’œil du côté de Théophile Gautier …






Rencontrez une femme vampire, des spectres, des spirites, des momies ressuscitées, des drogues, de l’érotisme …

et des chats !


« Comme j’allais franchir le seuil, une main s’empara brusquement de la mienne ; une main de femme ! Je n’en avais jamais touché. Elle était froide comme la peau d’un serpent, et l’empreinte m’en resta comme la marque d’un fer rouge. C’était elle.

‘Malheureux ! malheureux ! qu’as-tu fait ?’ me dit-elle à voix basse ; puis elle disparut dans la foule. »

Et voilà comment un malheureux jeune prêtre à peine ordonné tomba sous le charme de Clarimonde, la Morte amoureuse. Tout Gautier est là : flamboyance, suggestion, tension vers l’absolu, sensualité.

Théophile Gautier (1811-1872), romantique, réaliste, sceptique fasciné par les mystères du monde, anticonformiste qui ne prêche jamais et qui voit par-delà les apparences, nuancé mais précis, surexcité mais glacial, ironique mais jamais destructeur, amoureux d’Italie mais admiré des Irlandais et Anglais * représente à coup sûr l’un des plus fascinants auteurs de son temps.

Pour l’illustrer, je me suis entretenu avec un spécialiste, François Brunet. Celui-ci a été agrégé de lettres modernes, maître de conférences à l’université Paul Valéry de Montpellier, auteur d’une thèse de doctorat sur Théodore de Banville et secrétaire général de la Société Théophile Gautier pendant plusieurs années. Il a remporté le prix Emile Faguet de l’Académie Française pour Théophile Gautier et la danse.