Le XIXe français est fantastique ! (Petite rubrique pour rendre à Honoré ce qui est à George)

Théophile Gautier, Jules Barbey d'Aurevilly, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas père, Paul Féval, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, Charles Nodier, Eugène Sue, Villiers de l’Isle-Adam... ont souvent été strictement cantonnés dans le casier de la littérature classique. Ô oubli, ô injustice ! Ô classifications spécieuses, ô facilités de marketing, ô etc. ! C'est voir leurs œuvres par le petit bout de la lorgnette ou considérer, comme je l'entends parfois susurrer, que leurs œuvres fantastiques seraient barbantes, voire illisibles, et qu'il ne serait de bon bec que de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Cette dernière thèse au bulldozer passerait d'ailleurs par lames et chenilles les auteurs germaniques (Hoffmann, Grimm), d'Europe de l'Est et Scandinaves. Voire à cantonner le sujet dans une querelle d'antériorité où l'Angleterre emporterait la mise - perfide Albion, que je dis.

Aussi, heureuses lectrices et généreux lecteurs, ai-je pris le pari de vous faire partager quelques bonheurs et découvertes du fantastique français du XIXe siècle. Je recevrai aussi dans ces pages des spécialistes de ces auteurs.

Mon objectif machiavélique ? Vous donner envie d’entrer dans les textes de ces magnifiques auteurs et, au fil de vos nouveaux voyages, vous les faire aimer.

Quant à celles et à ceux d’entre vous qui auront déjà trempé leurs imaginations dans cette vive absinthe, n’hésitez pas à m’écrire pour échanger avec moi vos découvertes !


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Pour ce deuxième épisode des aventures fantastiques du XIXe siècle français, j’aimerais vous présenter une dame. Eh oui ! Ces messieurs ayant largement occupé le devant de la scène en un siècle où il fallait beaucoup de cran et d’obstination à une femme pour s’imposer au public, j’ai eu envie de rendre honneur à Amandine Aurore Lucie Dupin, mieux connue sous le nom de George Sand.




Sa double origine, aristocratique et populaire – elle était l’arrière-petite-fille d’un maréchal de France par son père et petite-fille d’un maître oiselier par sa mère – plaidait peut-être pour une destinée originale. Toujours est-il que George Sand s’illustra non seulement par ses talents de polygraphe (70 romans et 50 livres de contes, de nouvelles, de pièces de théâtre et d’écrits politiques) mais aussi par un féminisme avant l’heure et un activisme républicain et universaliste lequel la conduisit à participer à la Révolution de 1848. Elle y fut proche d’Alexandre Ledru-Rollin. Aux côtés de celui qui allait devenir l’inspirateur du parti radical – parti progressiste dominant sous les IIIème et IVème Républiques – George Sand participa notamment à la création de journaux dont le plus célèbre fut « La cause du peuple ». Amie de Victor Hugo, pétrie des idéaux des Lumières, elle illumina aussi la vie des Chopin, Balzac, Dumas, Delacroix et de bien d’autres.

Voilà brièvement présentée (mais oui !) celle qui allait également enrichir de plusieurs œuvres marquantes le genre littéraire fantastique. Pour illustrer et comprendre cette partie de son œuvre, je me suis entretenu avec Madame Brigitte Diaz, Présidente des Amis de George Sand, professeure de lettres françaises à l’université de Caen et éditrice de George Sand dans la Bibliothèque de La Pléiade. Merci à elle d’avoir consacré du temps à ce riche échange.


PE : Que pensez-vous de la thèse selon laquelle, férue des contes de ETA Hoffmann, George Sand en aurait été influencée dans son oeuvre ? Ci-jointe la référence numérisée d'une thèse en ce sens : https://books.openedition.org/pul/6813?lang=fr


BD : Comme bien d’autres auteurs romantiques, Sand a beaucoup lu Hoffmann et elle s’est nourrie de son univers imaginaire. Les traces du conteur allemand sont multiples dans son œuvre. Comme l’écrivait Sainte-Beuve à propos de Charles Nodier, on peut dire que Sand fait partie de la « famille poétique d’Hoffmann » (Portraits littéraires). Elle découvre son œuvre en 1830 dans les premières traductions qui circulent alors. L’influence du maître allemand est très sensible dans les contes qu’elle publie alors, dans ces années 1830 où l’engouement des romantiques pour Hoffmann est au plus fort. C’est le cas notamment pour la nouvelle Cora, publiée en 1833, qui semble directement inspirée de L’Homme au sable, tant les intrigues et les personnages des deux contes sont proches.