Les Enfers dans L’Antiquité Gréco-Latine : Quand le défunt s'offre une nouvelle vie après sa mort

Mort, Enfers, psychopompes... autant de thèmes qui se trouvent au coeur de Dremence, le nouveau roman SF horrifique de Morgane Stankiewiez, illustré - au rasoir ! - par Amaryan, pour lequel une campagne Ulule est actuellement en cours.

En cette occasion, et à l'approche d'Halloween, notre autaire Népenth S. nous offre un article passionnant sur la mort et les Enfers dans l'Antiquité Gréco-Latine.


Bonne lecture à vous - et si vous souhaitez en savoir plus sur Dremence ou participer à la campagne Ulule, c'est par ici


« Vous croyez que les morts reviennent et regardent les vivants ? ». C'est la question que pose Mrs. Danvers à la narratrice dans Rebecca, un roman de Daphné du Maurier. Une question qui a traversé l'Antiquité, ce qui explique la prolifération de textes au sujet de l'âme, de la mort et, surtout, des revenants. Pline le Jeune pose une question similaire à son ami Sura (lettre 27) : il souhaiterait savoir si « les fantômes existent » (esse phantasmata) « […] ou s'ils ne sont que de creuses et vaines hallucinations que notre imagination tire de nos peurs[1] » (an inania et uana ex metu nostro imaginem accipere). Est-ce une question rhétorique ou a-t-il réellement un doute ? Nul ne peut le dire. Ce qui est sûr, c'est que les Anciens croyaient fermement que leurs morts les veillaient ; c'est pourquoi ils leur rendaient hommage après leur décès et continuaient d'agir comme s'ils étaient encore vivants. Les manifestations de l'au-delà étaient considérées en majeure partie comme une vérité car l'âme mène une seconde vie après la mort. De là vient l'importance donnée aux rites funéraires pour que le défunt entame une bonne existence post-mortem. « Dans toutes les religions, il existe des rites destinés à aider l'homme à comprendre la mort », souligne Richard Bessière[2]. La mort faisant partie des grands mystères de ce monde, imaginer une seconde vie dans l'au-delà et faire en sorte qu'elle soit paisible était une manière de se rassurer.

Si les âmes continuent de vivre après le trépas, quel est leur nouvel habitat ? Une majorité d'auteurs, quelle que soit l'époque, s'accorde à dire qu'elles séjournent dans un monde souterrain. Chez les Grecs, il est question de l'Hadès (Ἅιδης), qui désigne par métonymie la demeure d'Hadès, dieu des Enfers. Chez les Latins, on parle des Enfers au pluriel (Inferni). De même que certaines croyances leur prêtent une origine céleste et préconisent d'incinérer le corps, assurant ainsi l'envolée de l'âme, d'autres l'enterrent pour l'aider à trouver le chemin des Enfers.


Lieux de vie infernaux

La situation des âmes dans ce monde diffère suivant les auteurs. Selon Homère, elles vivent dans la Prairie d'Asphodèles (Od. XXIV, 13). Virgile les situe dans les champs Élysées (En. VI, v. 743-744). Lucrèce, quant à lui, rapporte les paroles d'Ennius, qui fait mention d'un lieu dans l'Achéron où se trouvent des spectres, qui ne sont ni âmes ni corps mais plutôt une « image » de l'âme du défunt (De la Nature des choses, I, 120-123). Un siècle plus tard, Lucien, comme Virgile, parle des âmes qui vivent sur « l'île des Bienheureux », l'autre nom des Champs Élysées, séjour des héros (Histoires vraies B, 11.), tandis qu'Apulée parle de celles qui sont dans le Tartare, l'endroit le plus reculé des Enfers (M. VI, XVII, 1) ; dans les deux cas, il s'agit de régions infernales. Enfin, Macrobe confirme que les morts vivent dans les Enfers, qui se situent sous terre : caelum hic uiuorum regionem uocans quia, sicut di nobis, ita nos defunctis superi habemur : « appelant « ciel », ici, le monde des vivants, parce que nous passons pour être au-dessus des morts comme les dieux sont au-dessus de nous[3] » (Somn. I, 3, 6).

Contrairement au monde inaccessible des dieux, les Enfers possèdent des entrées dans des montagnes escarpées ou des gouffres insondables, des lieux terrestres et en marge de toute vie.




La terre des Cimmériens, par exemple, est une terre est maudite, perpétuellement plongée dans le brouillard et l'obscurité. Dans l'Odyssée, Homère dit qu'il faut