Les frontières troubles des genres de l’imaginaire

Si les genres fabuleux sont réunis aujourd’hui sous l’appellation globale de SFFF (Science-fiction, Fantastique et Fantasy), c’est qu’ils se retrouvent au coude à coude dans les étalages des librairies et qu’ils participent tous à nourrir notre imaginaire.


Parlons de l’imaginaire, justement.


Ces premiers récits fantasques ou mythologiques, ces premières morales et symboliques avaient vocation à filer un coup dans les lampions du quotidien, nous obligeant à confronter nos peurs primaires et à mettre en lumière nos sombres tendances. Le genre joue de notre âme comme d’un violon strident pour nous faire sursauter et alimente notre psychose. Désormais, il s’évertue à mettre en scène des inquiétudes « modernes » telles que l’addiction au virtuel, l’évolution incontrôlée des intelligences artificielles ou l’influence nocives des réseaux sociaux.


En termes de chiffre d’affaires, ce sont les ouvrages de Fantasy qui se retrouvent sur la première marche du podium, tandis que le Fantastique jouit d’une réputation honorable héritée de la littérature classique. La Science-fiction, elle, continue de faire les yeux doux au public, mais a perdu de son attrait comparé aux années soixante à quatre-vingts. Cependant, les principales différences entre ces trois genres ne tiennent qu’à peu de choses.


La Fantasy présente l’irrationnel accepté.


Le lecteur découvre un autre monde, et en accepte tacitement toutes les règles, tant qu’elles sont constantes. L’auteur joue avec l’impossible et n’est pas tenu d’offrir d’explications. Ce monde est comme ceci, point. (Aucune piste scientifique n’est évoquée par George R.R. Martin afin d’expliquer l’existence des White Walkers de Game of Thrones, alors qu’une justification mystique serait, elle, tout à fait acceptable pour les lecteurs).

L’un des sous-genres les plus utilisés est l’Heroic Fantasy, dépeignant souvent des sociétés moyenâgeuses, des êtres dotés de pouvoirs extraordinaires et un bestiaire issu du folklore ou de la mythologie, à la manière du Seigneur des Anneaux.



Il s’agit d’un exemple parmi d’autres, car il cristallise dans l’inconscient collectif ce qu’est la Fantasy, au même titre que pour beaucoup Star Wars représente la S-F, mais il ne s’agit que d’une (très bonne) œuvre ayant eu un (très gros) succès.

De nombreux autres sous-genres existent, proposant des thèmes et des styles narratifs ou visuels différents.


Le Fantastique propose l’irrationnel inacceptable.


Il s’agit d’œuvres où l’irréel survient dans notre monde, même à une époque antérieure à la nôtre. Le contexte nous est familier, et ce qui se produit n’est pas normal. C’est du contraste entre le réel et l’inacceptable que naît l’intérêt de ces œuvres, qu’elles souhaitent effrayer, déstabiliser ou émerveiller le lecteur. C’est ainsi qu’Edgar Allan Poe, H. P. Lovecraft ou Stephen King réussissent encore à nous glacer le sang.