LES LIVRES DONT VOUS ÊTES LE HÉROS

«Le chemin qu’on empreinte est toujours le bon chemin. Tout aurait pu être n’importe quoi d’autre, Et cela aurait eu tout autant de sens. » - Mr Nobody, 2009


Avoir le choix, c’est quelque chose de rassurant. Plus les alternatives s’éveillent, plus il y a de conséquences possibles. Savoir qu’une seule direction n’est pas tracée nous fait du bien, nous permet de voir au-delà de l’horizon. Le droit à cette liberté sera toujours plaisant pour un grand nombre d’entre nous.

Ignorer les éventualités peut même sembler frustrant, dérangeant. Par ailleurs, avoir seulement deux choix possibles est parfois déchirant.

Cette citation que vous avez décidé de lire juste en dessous du titre provient d’un long métrage : Mr Nobody. On y suit toutes les vies possibles qu’aurait pu avoir un homme en fonction de ses choix. Ce film est sinueux et nous prouve qu’avec un simple changement, tout demeure possible tandis que d’autres portes se ferment.

Le choix est une préférence, un pouvoir, une possibilité, une sélection. Le choix fait parti de notre vie mais, bien souvent, on nous le retire sans qu’on ne rechigne pour autant :

Lire un livre nous pousse à suivre une histoire déjà écrite du début à la fin. Rien n’est à refaire dans un ouvrage. L’auteur nous invite dans l’univers qu’il a déjà créé et nous devons nous laisser porter. Face aux remous que propose l’écrit, l’insatisfaction ou le bonheur sont maîtres. Au fil des lignes et jusqu’à l’ultime phrase, on suit la vague ; impuissants.

Il en est de même face à un film. En tant que spectateurs, nous ne pouvons que profiter du moment. Ces deux exemples nous démontrent cependant qu’un choix crucial fut fait : Celui de lire ou de voir.

Au fil de ces deux expériences imaginaires, nous ne contrôlons que peu de choses. Nos émotions ont beau prendre le dessus, rien n’altérera la fin de l’image ou des lignes. Aucune possibilité ne nous est offerte et c’est cela qui nous affecte : l’expérience est d’autant plus poignante car nous sommes là, face à l’irréparable. Les dénouements peuvent être bons ou mauvais, on les aura subis. Bien évidemment, nous avons le choix de les accepter mais bien des fois ; cela n’est pas assez.

Très souvent, le besoin de contrôle prend le dessus. La possibilité d’avoir son mot à dire tandis que l’histoire évolue est attrayante. Après tout, il est bien dur pour nous – êtres dotés de conscience - de laisser aller les choses sans mettre son grain de sel. Que l’on soit réfléchis ou impulsifs, nous eûmes tous – au moins une fois- le désir imminent d’entrer entre les lignes et d’agir. Alterner les mots, les nuances… s’immerger dans l’univers sans pour autant entrer dans le monde de la Fanfiction.

Bien évidemment, cette envie si pressante de participer à l’évolution d’une histoire ne date pas d’hier. Ce désir si précieux d’avoir le choix se façonne au fil des siècles jusqu’à atteindre son point culminant.

Sans trop se presser, décidons ensemble de remonter le temps jusqu’en 1891. En cette fin de XIXème siècle, Marie McKay – plus connue sous son nom d’artiste Marie Corelli - crée un petit dispositif à deux fins dans un de ses ouvrages. Ces possibilités se nomment Climax I et Climax II. L’on y accède en ouvrant un carton.

Ici, cette romancière Britannique ne nous laisse pas déformer l’histoire principale mais nous offre le choix entre deux dénouements. Difficiles et déchirantes, ces deux minimes possibilités offertes par Madame McKay peuvent nous prouver à quel point l’on s’attache à une histoire.

La fin n’est pas effrayante en soi car nous savons tous qu’il y en a toujours une. Nous pouvons choisir de lire plus lentement avant d’y parvenir mais elle apparaîtra d’un instant à l’autre au détour d’une page. Ce qui nous reliait au livre se dissipera un jour laissant place à d’agréables souvenirs.

Toutefois, nous savons tous qu’une fin est faite à cause d’un amoncellement de conséquences au cœur même de l’œuvre :

Doris Welber et Mary Alden Hopkins y pensèrent en 1930 lorsqu’ils publièrent Consider The Consequences. Livre à choix multiple, il fut considéré comme un jeu dès sa sortie.

En passant de fins multiples au choix des conséquences, plus le temps avance, plus le lecteur participe à l’histoire. Sans pour autant être un personnage à part-entière, le pouvoir d’accompagner les protagonistes lui est attribué. Sorte de pacte de confiance entre l'auteur.e et le lecteur.

Néanmoins, là n’était pas la seule possibilité pour que la participation opère.

Nous voilà en 1944 auprès de Jorge Luis Borges. Armés de patience, nous venons de traverser l’océan afin de partager auprès de cet auteur Argentin. Lui aussi, désirant rendre son lecteur plus vivant dans l’histoire, inventa une autre forme d’interactivité dans son recueil de nouvelles Fictions.

Avec détermination, il créa un véritable livre labyrinthe Le Jardin aux sentiers qui bifurquent. Monsieur Borges ne pouvait d’ailleurs pas choisir de meilleur terme : si nous osons lire les paragraphes de l’ouvrage les uns à la suite des autres, l’histoire n’a pas de sens. Avec un choix pareil, nous ne ferons que nous perdre encore plus dans les méandres des lignes sans percevoir ce que l’on cherche à nous raconter. Il ne tient donc qu’à nous de dénicher le bon ordre afin de trouver la sortie.

Comparé aux deux autres auteurs, Borges n’inventa pas de fin alternative ou alors plusieurs conséquences à déterminer. Néanmoins, il souleva un autre point très important : L’interactivité.

Puisque le lecteur est déterminé il va devoir prouver sa débrouillardise en réfléchissant pour comprendre l’histoire.

Mine de rien, le désir tant recherché se développe et arrive enfin en France.