Sous les ailes du dieu corbeau: Interview de Sara Pintado par Anne Ledieu

AL : Bonjour Sara, et merci de répondre à mes questions pour nos lecteurs.

Commençons par présenter la première (superbe !!) et la quatrième de couverture de Sous les ailes du Dieu Corbeau.



Alors que le Grand Roi de Chaljuse dépérit, la lutte pour la succession se prépare. Jenarp, son fils cadet, se doit de réussir l’Épreuve des Crocs pour devenir adulte et espérer prétendre au trône.

Ijpurna, garçon fragile et grand amour de Jenarp, aborde l’Épreuve avec beaucoup plus de réticence. Les Mages du Palais comme ses camarades lui vouent en effet une grande rancœur due à ses origines comme à son identité de genre, qu’ils risquent fort de lui faire payer quand il sera seul et vulnérable dans la montagne.

Quant à Araxa, fille du Mage Suprême et assoiffée de connaissances, peut-être apprendra-t-elle enfin les Mystères interdits aux femmes, ainsi que le nom secret du Dieu Corbeau ?


AL : Dis-moi, qui est Sara Pintado, l’autrice ?


SP : Passionnée de lecture depuis l’enfance, j’ai toujours aimé voyager à travers les livres, mais aussi dans la réalité, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs endroits en France, de nombreux pays d’Europe de l’Ouest et quelques régions d’Asie. J’apprécie beaucoup le contact avec la nature, la découverte d’autres cultures et d’autres façons de voir le monde, qui constituent des puits d’inspiration.

Je suis aussi amenée, dans mon quotidien, à passer beaucoup de temps dans l’étude de textes sacrés datant de l’Antiquité ou du Moyen Âge, qui m’influencent dans l’écriture.

Quant à mon nom de plume, Sara Pintado, il s’agit de l’un de mes prénoms suivi du nom d’artiste de mon père, que j’ai choisi de reprendre pour mes écrits de fiction.


AL : Comment en es-tu venue à l’écriture ? Est-ce un don que tu cultives depuis ta tendre enfance ou t’est-il venu plus tard ?


SP : J’ai commencé à écrire des histoires dès l’enfance, en même temps que j’apprenais à écrire… Depuis, l’écriture a toujours occupé une place très importante, et même nécessaire, dans ma vie.

Il y a huit ans, j’ai découvert le forum de bêta-lecture Cocyclics, qui m’a permis de beaucoup progresser, ainsi que de rencontrer d’autres autrices et auteurs des genres de l’imaginaire. J’ai pu y lier de belles amitiés et j’ai aussi beaucoup appris en bêta-lisant les textes d’autres auteurs. Ce forum a été (et reste) une source de soutien, de ressources et d’encouragements très importante.


AL : Pourquoi avoir choisi d’exprimer ton art dans la fantasy ?


SP : J’ai plus d’affinité avec la fantasy qu’avec les autres genres littéraires, sans doute parce que j’ai toujours apprécié les civilisations antiques et médiévales, les légendes et les mythes. Enfant, je me suis passionnée pour l’Égypte antique, les histoires bibliques, la légende arthurienne, le Seigneur des Anneaux… Autant de sources qui m’ont donné envie de créer dans l’imaginaire. Par ailleurs, j’aime aussi façonner des univers de toutes pièces, avec leurs propres codes, leur histoire, leurs spécificités… Ce que la fantasy me permet.

En revanche, si, en tant qu’autrice, je préfère la fantasy, en tant que lectrice j’apprécie tous les genres. Des problématiques très réelles et très contemporaines peuvent aussi se retrouver dans mes histoires.


AL : Sous les ailes du Dieu Corbeau est le second roman que tu publies en ce mois de mars 2021 chez Noir d’Absinthe. Le premier, Mojunsha, est paru en 2019 chez le même éditeur. Ta nouvelle sortie appartient au même univers que la première, mais peut être lu indépendamment, puisque Sous les ailes du Dieu Corbeau se déroule non pas en Royaume mojun, mais au pays de Chaljuse. Qu’est-ce qui a orienté ce choix ?


SP : Cette question-ci me ramène à la genèse de Mojunsha et de Sous les ailes du Dieu Corbeau. Lorsque j’ai commencé à créer cet univers, en 2015, l’intrigue débutait à Chaljuse et se déplaçait en terres mojun seulement dans un second temps. En outre, ce premier récit se déroulait bien plus tard que mes deux romans déjà publiés, lorsque Jenarp, Ijpurna, Kojo et Sandako (pour citer quelques personnages qui apparaissent soit dans Mojunsha, soit dans Sous les ailes du Dieu Corbeau) avaient déjà plus de quarante ans.

Après avoir fait passer ce « roman des origines » en bêta-lecture, il s’est avéré que l’univers était bien trop vaste pour tenir en un seul roman. Il y avait beaucoup trop de « flashbacks » vers le passé de mes personnages, aussi bien Mojun que Chaljusiens, qui nécessitaient d’être développés. Ainsi, Mojunsha est devenue une saga, que j’ai fait débuter dès l’enfance des protagonistes…

Toutefois, même ainsi, j’ai dû supprimer de la trame principale de Mojunsha l’essentiel de la jeunesse d’Ijpurna et de Jenarp. J’avais donc en projet d’écrire, un jour, un (ou plusieurs) romans centrés sur leur jeunesse à Chaljuse. Sur une suggestion de mon éditrice, j’ai fini par « sauter le pas » et ai écrit Sous les ailes du Dieu Corbeau pour leur donner l’espace dont ils avaient besoin, avant leur apparition dans le tome 2 de Mojunsha. Par ailleurs, dans le processus d’écriture de Sous les ailes du Dieu Corbeau, d’autres personnages se sont développés, ont gagné en importance et se retrouveront aussi dans les prochains tomes de Mojunsha.


AL : Parlons à présent de cet univers fantasy qui t’est propre et qui émerveille le lecteur par son exotisme, car, en effet, dans tes romans, nous sortons des sentiers classiques du genre, ordinairement tourné vers les mythologies nordiques. Comment t’est venue l’idée géniale d’enraciner ton monde dans une culture « hindouiste » (corrige-moi si je me trompe) ?


SP : En effet, Mojunsha est principalement inspiré de l’Inde. Pour le royaume de Chaljuse, c’est la Perse achéménide (de Cyrus à Darius III) qui a été ma première source d’inspiration, même si je m’en suis un peu détachée au fil de l’écriture, en intégrant d’autres influences à cet univers, et surtout en lui créant des spécificités.

J’ai commencé l’écriture de ce qui deviendrait Mojunsha et Sous les ailes du Dieu Corbeau après une visite au musée du Louvre, où j’ai découvert la galerie réservée à la Perse antique. J’ai été particulièrement impressionnée par l’art achéménide, ce qui m’a donné très envie de créer un univers qui s’en inspirerait. Un peu plus tard, le royaume Mojun s’est imposé dans un monde d’inspiration indienne (C’est la collection « Inde » du musée Guimet qui a été le point de départ pour celui-ci).


AL : Si Mojunsha abordait très clairement le thème politique avec pour trame les prémices d’une guerre intestine entre un peuple déchu dominé par une royauté qui vacille, Sous les ailes du Dieu Corbeau met davantage en relief la rébellion d’une jeunesse qui refuse la rigidité et le diktat imposés par les prêtres (mages). Peut-on qualifier ton récit de quête mystique ? Quel est le message que tu souhaites délivrer à travers ce second roman ?


SP : Plusieurs de mes personnages de Sous les ailes du Dieu Corbeau sont en effet plongés dans une quête du divin : c’est surtout le cas d’Araxa, mais aussi de Danya et, d’une façon différente, du mage Zouresh.

D’autres personnages, même s’ils ne s’investissent pas dans une quête mystique de la même manière que ceux susmentionnés, s’interrogent néanmoins sur le sens à donner à leur vie, sur leurs limites et leur capacité à les dépasser.

Les messages principaux du roman sont centrés sur l’acceptation de soi et d’autrui dans sa différence, ainsi que sur la nécessité de considérer toute personne avec humanité. Un autre thème important est le danger que peuvent représenter des positions idéologiques extrêmes.


AL : On l’aura compris, tu immerges tes lecteurs dans un univers dense, complexe, riche, mettant en scène des codes socio-politiques, religieux et culturels que tu as toi-même créés. Comment pratiques-tu pour construire tes intrigues et maintenir la cohérence de l’univers ?


SP : Je suis nettement plus jardinière qu’architecte dans mon écriture, c’est-à-dire que j’ai tendance à écrire et à construire l’intrigue au fil de la plume, sans grosses préparations au préalable, plutôt qu’à élaborer des plans avant le processus d’écriture.

Au fur et à mesure des différentes phases d’écriture et de correction, quand c’est nécessaire, je fais des recherches et me crée des topos pour m’aider à avancer, à étoffer l’intrigue, à ne pas me perdre (dans les dates, les personnages, les pouvoirs des uns et des autres…), mais je fais cela de façon concomitante à l’écriture. J’effectue également des recherches pendant les phases de relecture entre chaque phase de correction.


AL : J’aimerais terminer cette interview par un extrait que tu aurais choisi, histoire de donner envie à nos lecteurs de plonger dans ton univers.


SP : J’ai choisi un passage du début du roman : Ijpurna médite pour entrer en communication avec les esprits de ses ancêtres Chantants, afin qu’ils lui révèlent à l’avance en quoi consistera l’Épreuve des Crocs. Pendant sa méditation, en amont de cet extrait, ses chats le déconcentrent. Finalement, c’est un Avatar divin, lié à ses ancêtres depuis quelques années, qui répond à Ijpurna.

(NB : les lecteurs de Mojunsha connaissent déjà Tigre-à-dents-de-sabre et pourraient se demander comment il s’est retrouvé parmi les ancêtres d’Ijpurna : ce sera relaté en détail dans le tome 2 de Mojunsha).



"Une lumière vive apparaît dans ma tête. Une note médiane, très douce, naît spontanément sur mes lèvres. Un mélange de couleurs, pâles et lumineuses, s’étend peu à peu dans mon esprit pour dessiner des formes floues. Non, ce sont des silhouettes.

Tigre-à-dents-de-sabre apparaît au milieu de cette masse de lumière et de couleurs. Son pelage rayé flamboie tel un soleil levant, ses crocs étincellent de mille feux. Il dirige vers moi ses yeux émeraude, profonds telle une forêt inexplorée. Quel soulagement de voir Tigre, depuis le temps qu’il ne s’était pas manifesté à moi !

Remercie tes chats, Ijpurna. Ce sont eux qui m’ont attiré vers toi.

Je réprime un sourire. Flamme et Demi-Lune ont eu raison de me déranger.

Garde courage pour ton épreuve, poursuit-il. Quoi qu’il arrive, rappelle-toi que tu es capable de t’en sortir. Ne laisse jamais la peur te paralyser.

Il se tait. J’attends la suite.

Mais je t’ai tout dit, mon garçon. Le meilleur conseil que je puisse te donner est de garder confiance en toi. Tu n’es certes pas le plus costaud de ta promotion, mais tu as des atouts autrement plus précieux.

Ainsi… C’est tout ce qu’il me dit ?

— Tigre, je t’en prie, dis-moi en quoi consistera l’épreuve.

Non, mon garçon. Ce serait trop facile. L’inconnu t’effraie ? Affronte-le.

Comment ? Mais… Non ! Il ne peut me laisser dans le flou et me conseiller simplement de me débrouiller !

— Tigre, peux-tu au moins me révéler si cette épreuve sera aussi dangereuse que les autres le prétendent ? Tous les ans, il y a des morts.

Non, Ijpurna, je ne te dirai rien.

— Pourquoi ? Tu parles comme les mages.

Il plisse les yeux. Son poil se hérisse. Par le Trône de Gloire ! La dernière chose dont j’ai besoin, c’est de le mettre en colère.

Tout de même, il pourrait me donner quelques indices.

Tu te reposes trop sur moi et sur tes ancêtres. Il est temps que tu prennes plus d’indépendance. Tu passeras donc seul l’épreuve qui fera de toi un adulte, confronté à toi-même et à tes choix. Bonne chance.

— Tigre, attends !

Trop tard. Sa silhouette se mêle à l’océan de couleurs lumineuses qui l’entoure. Mais une autre se découpe, celle d’une jeune femme aux cheveux d’or, presque blancs tant ils sont clairs, vêtue d’une robe blanche toute simple. Ses yeux d’un bleu limpide me fixent avec intensité.

— Prophétesse Kériali, dis-je dans un souffle.

Elle est la plus puissante de mes ancêtres Chantants. M’aidera-t-elle ?"


AL : Je ne résiste pas à l’envie, avant de te laisser, de partager la couverture de ton premier roman qui est superbe, elle aussi, et à en profiter pour rappeler que le livre est toujours disponible aux formats broché comme numérique.


Plus de huit cents ans après la chute des Rois-Panthères, les Kunji constituent la caste la plus méprisée du Royaume Mojun. Leurs tentatives pour renverser la dynastie des Mojunsha se sont toutes soldées par des échecs. Japsaro, descendant des Rois-Panthères, passe un pacte terrible avec Panthère-des-ténèbres, l'un des Avatars du Grand Dieu, afin de rendre aux Kunji leur prestige d'antan. Est-il cependant prêt à tous les sacrifices que lui demande Panthère-des-ténèbres en échange de son soutien ? Et surtout, sert-il vraiment sa cause ou n'est-il qu'un pion dans les luttes des Avatars du Grand Dieu ?


Vous pouvez vous procurer les livres de Sara, chez votre libraire préféré, mais aussi :


Sara Pintado, Mojunsha :

Broché :

https://www.noirdabsinthe.com/product-page/mojunsha-tome-1

Broché et numérique : https://www.amazon.fr/Mojunsha-Panthère-ténèbres-Sara-Pintado-ebook/dp/B07RTYJXTS/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=ÅMÅŽÕÑ&dchild=1&keywords=Sara+Pintado&qid=1614946254&sr=8-1


Sara Pintado, Sous les ailes du Dieu Corbeau :

Broché : https://www.noirdabsinthe.com/product-page/Sadic

Broché et numérique : https://www.amazon.fr/Sous-ailes-du-dieu-corbeau-ebook/dp/B08WR5WQVW/ref=sr_1_2?__mk_fr_FR=ÅMÅŽÕÑ&dchild=1&keywords=Sara+Pintado&qid=1614946356&s=books&sr=1-2

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