Une nouvelle liberté d’écrire

À l’ère d’internet et des réseaux sociaux, l’on a tendance à penser que la « communication » dématérialisée moderne dessert les contacts humains, mais force est de constater que de nombreuses initiatives n’auraient pas vu le jour il y a ne serait-ce que dix ou vingt ans : possibilité pour les auteurs de transmettre leurs manuscrits par voie dématérialisée, créations de petites et moyennes maisons d’édition, appels à textes, concours, évènements virtuels et organisation de rassemblements physiques autour de l’imaginaire, d’un genre spécifique, d’une œuvre particulière…





Désormais, un quidam motivé ne possédant qu’un mince capital peut monter sa maison d’édition en auto-entrepreneuriat (désormais renommé « micro-entreprenariat »), créer son site web gratuitement sans être un webmaster aguerri. Il peut proposer des ouvrages en impression à la demande, lui évitant d’importantes immobilisations financières, échanger et créer son réseau de partenaires sur le Net : collaborateurs, lecteurs, illustrateurs, diffuseurs ou investisseurs. Il lui est possible de diffuser son catalogue en France, dans le monde entier, y compris en dématérialisé, et d’échanger avec une communauté importante.



Il existe maintenant pour un auteur la voie de l’autoédition, c’est-à-dire qu’il peut prendre en charge toutes les étapes qui reviennent d’ordinaire à l’éditeur : correction du texte, illustration de couverture, maquette de l’ouvrage, impression du livre, communication et publicité autour de son œuvre…


Alors bien sûr, il y a des contreparties à ce foisonnement d’initiatives : certains projets sont solidement réalisés et proposent des œuvres d’une grande qualité, tandis que d’autres sont d’emblée privés de l’œil aguerri d’un éditeur, correcteur ou maquettiste professionnel et ne prennent pas le temps de mûrir avant d’être publiés.


Les maisons d’édition à compte d’auteur pullulent (comprenez que des auteurs payent pour être édités sans profiter d’un réel accompagnement professionnel en ce qui concerne les possibles faiblesses d’un texte, ses corrections, sa diffusion...) dont certaines si peu scrupuleuses qu’elles se déguisent et font croire à l’auteur candide qu’il a été sélectionné, lui, pour son talent… alors qu’en fait, ce que l’auteur paye, c’est un prestataire, qui à son tour démarchera d’autres prestataires en son nom, et sur les deniers de l’auteur qui le mandate… Il y a aussi des concours littéraires payants qui vous promettent monts et merveilles tout en vous soutirant un (parfois très gros) billet…


Mais quelque part, cette liberté d’écrire, de lire et de publier, c’est un peu de la science-fiction devenue réalité, si l’on se rappelle qu’à une époque être auteur d’imaginaire était quelque chose que l’on cachait, un peu honteux de s’adonner à une littérature considérée comme enfantine, ou superficielle... Que ceux qui parvenaient à publier leurs œuvres devaient se battre à contre-courant, subir l’opprobre des opinions conservatrices ou l’indifférence d’un public réfractaire.


Même si le marché récupère toujours la nouveauté, la condense, la ressasse, la calibre et la régurgite afin de la revendre, il est impossible de mettre un prix sur cette étincelle propre à l’auteur.


Une étincelle qui en amuse certains, et que d’autres méprisent carrément :