Zhaodi : Interview de Morgane Stankiewiez et Sarah Buschmann



Présentation des autrices :



Morgane est une autrice caméléon, incapable de s’attacher à un style ou à un univers. Elle papillonne d’ambiance en ambiance, d’époque en époque, portée au gré d’un imaginaire empreint de ténèbres, guidée par une muse noire qui ne lui laisse guère de répit. Certains thèmes se retrouvent cependant dans ses textes, comme le besoin de liberté, ainsi que la place du féminin.


Book-trotteuse, Sarah aime voyager à travers les livres et dans le monde, avec une pile de romans dans son sac à dos. Grande amatrice de fantastique, son appétit littéraire s’est peu à peu élargi à tous les mauvais genres, avec une prédilection pour les romans d’horreur. Ses différents penchants se sont rencontrés dans Sorcière de Chair et Chair Morte.



- Commençons par le titre. Que signifie Zhaodi ?


Sarah : En réalité, c’est la signification du prénom Zhaodi qui nous a inspirées, c’est-à-dire « amener un jeune frère dans le monde ». Il est employé par certains parents pour nommer une fille première née afin de porter chance pour que la prochaine naissance offre cette fois un garçon.



- Pourquoi avoir fait le choix de l’écrire à quatre mains et quelles différences y a-t-il par rapport à une écriture solitaire ?



Sarah : Le projet d’une écriture à quatre mains s’est fait très naturellement, au décours d’une conversation. Pour être tout à fait honnête, c’est la curiosité qui nous y a poussées. À partir de questionnements tels que « comment est-ce d’écrire de cette façon ? Tu le ferais, toi ? », nous en sommes rapidement arrivées à la conclusion que si nous tentions l’aventure, nous aimerions le faire ensemble. Et ni une, ni deux, Morgane est revenue vers mois quelques jours plus tard avec une proposition. J’ai personnellement adoré cette expérience : il y a quelque chose de fascinant à voir une histoire se construire au fil du partage des idées, s’enrichissant à chaque échange ou à chaque chapitre envoyé. Cette expérience amène une forme de perte de contrôle du processus artistique qui permet d’aller plus loin que là où nous aurait conduit notre propre esprit. Sans compter que, l’écriture étant bien souvent une activité compliquée pour moi, parfois douloureuse du fait des doutes incessants, avoir une partenaire d’écriture permet de ne pas flancher, de ne pas se laisser emporter par ces flots de pensées tumultueuses. Je suis peut-être psychologue, mais Morgane, en tant qu’éditrice, sait mieux que personne gérer les syndromes de l’imposteur : avoir une Morgane à ses côtés lors de l’écriture d’un roman est un atout non négligeable !


Morgane : Avant ce projet, on avait déjà travaillé avec Sarah, notamment sur Sorcière de Chair, son premier roman. J’ai senti que nos idées se répondaient bien, que je rebondissais facilement sur sa plume et qu’elle-même prenait très bien mes remarques à cœur et allait toujours plus loin dans l’horreur grâce à ça. Elle a aussi relu certains de mes textes, et là aussi, j’ai senti qu’il pouvait y avoir une synergie. Nous sommes toutes les deux amoureuses des psychés torturées, des personnages en nuances de gris (pourvu qu’ils ne s’appellent pas Christian), et avons à cœur de mettre les mains dans les entrailles de nos personnages. Tout cela n’a pas loupé quand nous avons écrit ensemble, nos idées les plus terribles et cruelles étaient approfondies par l’autre et, ainsi, nous avons pu explorer une spirale noire que nous n’aurions pas été capables de descendre seules, pas de cette façon, pas à ce point. À ce niveau, l’écriture à quatre mains ressemble pour moi au jeu de rôle sur forum, passion que j’avais il y a des années, où justement on se confronte à l’autre, on perd le contrôle de la narration, ce qui permet de faire ressortir des scènes imprévues, et donc d’enrichir le texte. C’est incroyablement stimulant d’un point de vue artistique.